Chers réseaux sociaux

Chers réseaux sociaux,

 

Je suis de 1993. J’ai pas grandi avec vous, mais je vous ai découvert. J’étais émerveillée quand vous êtes arrivés, je me souviens. Je me disais que c’était génial, que j’allais me rapprocher de mes potes grâce à vous. Quelle erreur. On croyait que vous seriez la solution à la communication. Que vous alliez rapprocher les gens. C’est en fait tout le contraire. C’est ironique, n’est ce pas ? « Réseau social ». Tout est dans le nom. C’est censé lier les gens. Ça a tout pour nous plaire, au fond, quand on y pense. On partage nos photos, nos activités, ça nous permet de rester en contact avec les gens qu’on aime bien, de réagir aux publications. Si seulement c’était tout. Vous êtes un petit peu le cancer de la communication, et pourtant, on vous a créé pour l’établir. Ça aussi, c’est ironique, vous ne trouvez pas ? Les gens ont toujours été bourrés de complexes, peu importe les époques. Mais depuis que vous êtes arrivés, c’est l’explosion. Les idéalistes diront que vous êtes une fenêtre sur le monde, quelque chose qui nous permet de voyager à l’infini sans jamais bouger de notre canapé et qui nous permet de nous évader complètement. Mais la réalité est complètement différente. Plus brutale, plus sèche. Ainsi, les réalistes diront que même si l’usage qui est fait des réseaux sociaux n’est pas toujours bienveillant, il permet aux gens de se réunir. Et enfin, les pessimistes diront que c’est de la pure merde. Je suis mitigée, partagée entre tous ces points de vue. Au fond, je vous aime bien. Mais pourquoi ? Est ce que j’ai désespérément besoin d’exister à travers vous ? Est ce que j’ai peur de mourir aux yeux des gens que je connais si je ne suis pas visible à travers vous ? Est ce que j’ai peur qu’on m’oublie ? Le problème reste toujours le même : l’existence. Vous existez parce que putain, les gens ont cruellement besoin d’exister. Et grâce à vous, ils peuvent exister beaucoup, fort, souvent, en photo, en emoji, en texte, en vidéo. Ils peuvent exister souvent, ils peuvent exister en groupe, en couple, seuls; ils peuvent exister avec joie, avec rage, avec colère, avec tristesse. Ils ont besoin d’exister, et vous leur permettez ça là où ils ne se le permettent pas forcément, ou en tous cas pas comme ça « dans la vraie vie ». Hé oui, qui n’a pas déjà entendu cette expression ? « Les gens ils ont trop la confiance sur les réseaux, dans la vraie vie ils font pas les fous comme ça ». On a tous déjà pensé ça ou dit ça. Parce qu’on sait tous, quelque part, que vous n’êtes pas la vraie vie. Vous êtes quelque chose, auquel on a envie de croire, auquel on a envie de s’accrocher, dans lequel on se réfugie, parce que ça nous fait du bien, parce qu’on est seuls, parce qu’on a du mal à s’exprimer « dans la vraie vie » justement, parce qu’on a une audience qui nous écoute, qui nous entend, qu’on peut parler à plein de gens en même temps, et que ça nous met du baume au coeur. De se dire « on me voit ». On est dans une société où les gens sont en manque total de considération, sous tous les plans. Ils se sentent seuls même quand ils sont entourés, ils se sentent incompris même quand ils se confient à leurs proches. Ils se sentent toujours seuls. C’est là que vous intervenez, et que vous découvrez « les vrais visages ». « Les autres ». Il y a « les gens », et puis il y a « les autres ». On connaît tous cette personne qui dit rien dans la « vraie vie », qui a l’air d’être tout à fait dans un schéma classique. On la croise, tout va bien. On discute, on se dit à la prochaine, et ça s’arrête là. Et c’est là que vous intervenez. Que vous nous montrez « son vrai visage ». Des publications tristes, déprimantes, presque alarmantes. Un humour étrange, genre obsédé du cul. Des centaines de messages style « salut ça va » 10 fois par jour, « t’es bonne », « t’es charmante », du racisme. Des pensées suicidaires. Les détails d’une rupture. Hé oui, vous êtes ça. Vous êtes cet espèce de dévidoire dont les gens ont besoin pour s’alléger, parce qu’ils n’ont pas le courage ou l’envie de le faire « dans la vraie vie ». Vous êtes ça. Une illusion. On croit connaître les gens avec vous. On croit savoir ce qu’ils font, comment ils vivent, comment ils vont, si ils sont heureux, si ils sont tristes, si leur couple va bien, si ils passent de bonnes vacances, si ils ont de l’argent, si ils galèrent. On croit tout savoir, mais on se sait rien. On tend vers ça, vers une obsession malsaine de savoir ce que tout le monde fait. Si seulement ça s’arrêtait à ça. Hé non, et c’est ça le problème, ça ne s’arrête pas à ça. Avec vous, on juge la vie des autres. On se compare à eux, à ce qu’on voit, où plutôt, à ce qu’on croit voir. Ça créé des jalousies, et tellement de complexes. C’est un espèce de concours, mais personne ne le dit. C’est le concours de « qui aura le plus d’abonnés », ce qui voudra dire « qui sera le plus classe ». C’est le concours de « qui a la vie la plus stylée », ce qui voudra dire « qui affiche le plus ses sorties resto, ses sorties avec ses potes, ses sorties au ciné, dans les bars », bref, « qui sort le plus ». C’est le concours de « qui est le plus heureux avec sa meuf ». Mais avant tout, c’est le concours de « qui a le plus besoin de prouver des choses », « qui a le plus besoin d’être vu », « qui a le plus besoin d’être aimé » et « qui a le plus besoin d’exister ». Vous seriez étonnés de savoir à quel point vous êtes un mensonge. A quel point vous êtes le reflet de quelque chose qui n’existe pas, ou qui est modifié à tel point que ça ne ressemble plus du tout à la réalité. Photoshop. Encore une usine à complexes. Combien de gens se sont déjà fait la remarque « elle ressemble pas du tout à ses photos, c’est ouf ». Et pourquoi ça, pourquoi tout ça ? Pourquoi en faire des tonnes, pourquoi retoucher ses jambes, son ventre ? Parce qu’avec vous, on peut être qui on veut. On peut montrer l’image qu’on veut, on peut dire ce qu’on veut, on peut le dire comme on veut. Vous êtes un royaume qu’on construit et qu’on façonne librement. On se donne l’image qu’on veut. On est la personne qu’on aimerait être. C’est génial, n’est ce pas ? Hé bah pas tant que ça. Le problème, c’est que la plupart des gens se lâchent trop, justement. Ils se sentent tellement soulagés de pouvoir exprimer sur internet ce qu’ils n’arrivent pas à exprimer « dans la vraie vie », que ça devient n’importe quoi. Les haters, ça vous dit quelque chose ? C’est un concept que vous avez créé. Des gens qui se défoulent derrière un clavier. Qui insultent, qui clashent pour rien, qui tiennent des propos homophobes, antisémistes, islamophobes, xénophobes tout court, et j’en passe. Qui insultent les gens gratuitement, sans aucune retenues. Twitter est le champion pour ça. Vous êtes la preuve que cette société va mal. C’est effrayant quand on y pense. Sarah, qu’on connaît si bien, ou qu’on croit connaître si bien. Sarah si gentille, si réservée, toujours si polie. Et Sarah qu’on ajoute sur Facebook, et qu’on découvre autrement, qu’on découvre vraiment. Sarah qui vomit sa haine, qui clashe des inconnus sur les pages et sur les groupes. Sarah aigrie et frustrée. Sarah qui pourtant avait tout pour plaire. On ne connaît jamais vraiment les gens, jamais, mais vous êtes la preuve absolue de ça, du fait qu’on croit contrôler mais qu’on ne contrôle rien, du fait qu’on a désespérément besoin d’être remarqué, du fait que ce que les gens montrent n’est pas du tout le reflet de ce qu’il se passe dans leur tête, du fait que ce qu’il se passe dans leur tête est vraiment, réellement, incroyablement inquiétant pour beaucoup. On vit dans un monde peuplé de faux semblants, où les 3/4 des gens à qui on fait la bise en se disant « il est sympa » sont des psychopathes, des sociopathes, des extrémistes, des harceleurs, voilà la réalité. Il y a aussi le harcèlement, justement, j’en ai pas parlé. Vous savez que vous conduisez des gens, des jeunes, au suicide ? Vous savez que les gens se servent de vous pour faire du mal ? Pour vraiment faire du mal. Persécuter, harceler. Détruire. Il y a des tas d’histoires de jeunes qui se sont tellement fait harceler sur facebook qu’ils se sont pendus. Il n’y a pas d’âge pour être mauvais encore une fois, et vous réveillez ce qu’il y a de pire chez les gens, chez les jeunes, parce qu’avec vous ils se sentent libres, ils se disent qu’ils peuvent tout faire, qu’il y a personne pour leur répondre en face, que ça existe pas vraiment, qu’ils ont le contrôle, qu’il suffit de fermer l’appli et hop, y a plus rien. Mais il y a rien de plus réel, de plus blessant et de plus vrai que ce qu’ils font, pourtant. Alors oui, des insultes en commentaires sur une photo, ça touche. Un « t’es moche », « t’es grosse », « t’as une sale tête », ça parait con, mais ça détruit. Il y a une urgence de réfléchir à ce qu’on fait, de réfléchir à ce qu’on dit. Tout a des conséquences.

Il y a cette vidéo d’Omar Sy que j’aimerais vous faire partager, et qui résume un peu tout, en 1 minute 32. 

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Cher harcèlement scolaire,

Cher harcèlement scolaire,

J’écris sur toi parce que je t’ai vécu, mais aussi parce que beaucoup le vivent en ce moment même, beaucoup trop. J’écris sur toi parce que t’existes encore, tu fais encore tellement de mal aujourd’hui et je me demande quand est ce que tu t’arrêteras. Sans doute jamais ? Le problème, c’est que l’être humain est mauvais, profondément mauvais, et quand tant qu’il sera là, tu seras là. J’écris sur toi parce que j’ai des souvenirs bien trop nets de toi, que tu me marques encore maintenant, et que ça devrait pas tu vois, mais pourtant c’est le cas. Les enfants sont fragiles, tu les prends et tu les brises, et ça c’est pour la vie, tu comprends ? Tu leur enlève tout. Leur légèreté, leur innocence, leur sourire. Qu’est ce qu’un enfant sans son sourire ? C’est un enfant qui a mal. Un enfant qui dit « au secours, sauvez moi », mais qui ose pas parce qu’il a honte, parce qu’il sait que derrière ça sera 10 fois pire, qu’il sera traité de balance, de poucave. Qu’il vaux mieux fermer sa gueule et subir, et se dire « de toute façon ça s’arrêtera ». Mais ça ne s’arrêtera jamais. Ça peut durer des mois, des années. C’était mon cas. Je vais te raconter un peu mon histoire et tu vas comprendre. Tu vas comprendre à quel point tu m’as fait du mal. Au collège tu vois, j’avais pas de potes, j’étais toujours seule. Je me suis toujours sentie différente des autres, comme en décalage, alors je préférais rester seule, je me calais dans un coin dans la cour et je dessinais. J’ai fait ça pendant 2 ans. J’étais bien, j’avais besoin de rien d’autre. J’étais gentille, j’étais pas timide, je participais à fond en cours, j’adorais les cours d’ailleurs. Et puis ça a commencé, j’étais en 4 ème. J’étais dans une classe peuplée de gros cons, dont un gros con en particulier. Il s’appelle Ange. C’est ironique tu trouves pas ? Il a passé l’année entière à me casser les couilles. C’est long tu sais une année. C’est long quand t’as 13 ans, que t’es pas forcément bien dans ta peau, que t’as 30 personnes contre toi, qui se foutent de ta gueule, c’est très long. Et puis c’est là que j’ai vraiment découvert l’injustice dans la vie je pense. J’étais là, je demandais rien à personne, j’étais gentille, et pourtant on me cassait les couilles. Pourquoi moi ? C’est ça, l’injustice. J’osais plus participer en classe, à chaque fois que j’ouvrais la bouche, j’entendais rigoler et ça recommençait. Un jour ce connard a même fait une élection de miss moche dans la classe, et bien sur il m’a élu, sous les applaudissements et les rires de toute la classe. Bien sur les profs voyaient mais ils en avaient rien à foutre. De meuf qui kiffe les cours je suis passée à silencieuse. J’avais peur, à chaque fois qu’ils ouvraient la bouche ou qu’ils rigolaient un peu fort je me demandais si c’était pas pour moi, alors je voulais pas les provoquer, je voulais pas te provoquer tu comprends. De fille gentille je suis passée à renfermée. Je ne dessinais plus. Je suis arrivée en 3 ème. Ange n’était plus là, j’ai apprit par la suite qu’il avait des problèmes dans sa famille et que ses parents l’ont placé dans un foyer. C’est peut être dégueulasse comme réaction mais je me suis dis que c’était bien fait, que putain y avait un karma dans ce monde, et j’étais soulagée. Et je me suis aussi dis que ça expliquait pourquoi c’était autant un connard, qu’il avait une vie de merde. Après ça j’ai plus jamais été la même. Moi qui était tellement à l’aise pour parler en public, qui adorait les exposés à l’école, qui adorait participer en classe, j’étais tétanisée. Je pouvais plus faire un exposé sans trembler, sans sentir mes jambes partir en couille. Je pouvais plus prendre la parole en classe sans transpirer 6 litres. C’était plus jamais pareil, ça l’est toujours pas d’ailleurs. Aujourd’hui encore, ça me fait totalement paniquer de parler devant un groupe dans une salle. En extérieur y a pas de soucis, mais dans une salle fermée c’est pas possible, ça me terrorise. Et je me dis que c’était y a 12 ans putain, c’était y a longtemps, mais non, c’est toujours là. Des années après je me suis barrée de la ville de merde dans laquelle j’avais passée à la fois les meilleures (l’école primaire) et les pires années de ma vie (le collège). J’allais laisser derrière moi les démons qui m’ont bouffée et repartir de 0. J’étais à J-1 de me barrer, j’attendais un bus pour aller je sais plus où et je vois un mec venir vers moi. C’était Ange. J’avais 18 ans. Je l’avais pas vu depuis genre… 5 ans ? Mais je l’ai reconnu tout de suite. On oublie pas son bourreau. Aujourd’hui c’était y a presque 8 ans cette histoire, mais pourtant j’ai un souvenir hyper précis de la scène. Il m’a vu, il est venu vers moi avec un grand sourire, il a tendu la joue pour me faire la bise. Il me sort un « Salut ! » enjoué. J’ai tourné la tête, j’ai reculé, et j’ai dis non. Il a pas cherché à comprendre et il est reparti. J’ai la colère d’un an passé à subir qui est remontée d’un coup. Revoir sa tête, ses cheveux roux, ses tâches de rousseur partout sur le visage, entendre sa voix, tout de lui était insupportable. J’avais 5 ans de plus, j’étais pas encore affirmée comme je le suis aujourd’hui, mais suffisamment pour lui tenir tête. Et j’ai quitté cette ville le lendemain, après avoir revu un mec que j’avais pas vu depuis 5 ans, comme si le destin me disait « tu pouvais pas partir sans avoir réglé tes problèmes », c’est ouf quand on y pense. C’était mon histoire. Je ne suis pas un exemple car au fond j’ai rien fait pour que ça change. J’ai subi en silence en me disant que ça s’arrêterait, mais la vérité c’est que ça ne s’arrête pas, jamais. Ces gens là vous pompent jusqu’à ce qu’il ne reste rien de vous, jusqu’à ce qu’ils vous détruisent et que vous ayez les pires idées du monde. Ça ne s’arrête pas si on ne fait rien. Il faut parler, il faut en parler aux directeurs des écoles, il faut en parler aux parents, il faut oser faire ce que j’ai jamais osé faire, se foutre devant ces connards et gueuler « STOP », il faut surtout pas penser qu’en les ignorant ça finira par passer parce que c’est pire. Ils se disent « elle réagit pas, c’est cool, on va s’amuser ! ». C’est ce que tout le monde dit pourtant « montre pas que ça te touche et ils arrêteront, ignore les et ça va les lasser ». C’est une putain de connerie. C’est hyper dur je sais, mais il faut en parler. Je vous parle d’un truc qui date de 2006-2007, aujourd’hui on est 12 ans plus tard et regardez l’explosion du harcèlement scolaire en France. C’est pire que tout. Il y a une cruauté énorme qui a toujours existé et qui ne fait que s’empirer avec le temps. Parce que je le répète, l’Homme est profondément mauvais, méchant, malveillant. Combien de gens se nourrissent du mal être qu’ils provoquent chez les autres ? Beaucoup trop. Je me dis qu’il y a un karma dans la vie, que tout se paie. Mais en même temps je me dis qu’il faut agir pour que ça n’arrive pas, mais putain on parle de quelque chose qui ne devrait même pas exister. A quel moment le monde est parti en couille au point que des gens cherchent à détruire d’autres gens, à leur faire autant de mal ? A s’en prendre à des gens gentils, vulnérables, sensibles et à ce que ça les fasse kiffer ? A quel moment le monde est parti en couille au point que des gamins de 12 ans se suicident parce qu’ils en ont marre de se faire harceler et que leur vie est devenue un enfer ? A quel moment on est tombé dans ce monde là ? Comment on peut survivre dans un monde peuplé par ces gens là, qui sont des monstres, parce que oui, y a pas d’âge pour être un monstre, et qui après deviennent des adultes. Imaginez le genre d’adultes. Ouais, ces gens là, c’est les futurs adultes. Alors ouais, les gens peuvent changer. Peut être qu’aujourd’hui Ange est un mec bien, peut être que c’est toujours un connard. Tout ce que je sais c’est que ce genre d’attitude brise des vies. Parfois à tout jamais. Parfois ça laisse des séquelles sur toute une vie. Où est passée la bienveillance, l’humanité ? Pourquoi une telle volonté de détruire, surtout chez des gens aussi jeunes ? Ça me dépasse. Si vous lisez ces lignes et que ça vous est arrivé, sachez que vous n’êtes pas seuls. On traîne tous nos casseroles, on est tous un peu bancals, on essaye tous d’avancer dans la vie, avec nos coeurs consolidés et recollés de partout mais qui malgré tout marchent encore, alors il faut se relever et se dire « ça ira, tout ira bien ». Si vous lisez ces lignes et que vous subissez ça, ce harcèlement, et que vous vous sentez pire qu’une merde, sachez que vous n’êtes pas une merde, c’est ceux qui font ça qui sont des merdes. Ne vous laissez pas faire, parlez en autant que vous pouvez. Si vous n’arrivez pas à en parler, écrivez le. Il faut que la peur change de camps.

 

Cher futur

Cher futur,

 

Je t’écris aujourd’hui la tête pleine de rêves, je t’écris aujourd’hui pour te dire que j’attends que tout soit mieux avec toi, je t’écris pour te dire que je t’attends. On s’est tous déjà dis « ça ira mieux ». On parle de toi, parce qu’on sait que maintenant c’est la merde, et on se dit que tu nous sauveras. C’est le seul espoir qu’il nous reste alors on s’y accroche. Mais au fond on en sait rien. On a peur de toi autant qu’on t’attend, c’est super bizarre. Déjà à la base en 2000 on imaginait tous que 15 ans plus tard, toi ça serait les voitures volantes, les gens qui savent voler, les robots humains. La vérité c’est que t’es grave décevant. Alors on est là comme des cons et on continue à croire que tu vas tout changer, que tu vas nous apporter les réponses à nos questions, que tout ira mieux grâce à toi, qu’il va se passer un truc, on sait pas quoi, qui va tout changer. Et ça on se dit que y a que toi qui peut l’apporter. Alors on attend. On attend pendant un présent qui se transforme en passé et qui au final devient toi. Tu te rends compte l’ironie du truc ? La vérité c’est que t’es le refuge de tout le monde. Quand on a peur de quelque chose, quand on sait pas comment faire, quand on a mal, quand on est perdu, on parle au futur. On se dit que d’ici là ça aura changé. « Avec le temps ». Tu nous rassures, on se dit qu’on a une porte de sortie avec toi, que tout n’est pas perdu. C’est un mensonge. Mais l’Homme est comme ça, il se ment à lui même parce que c’est plus confortable, parce que ça fait moins peur que d’accepter la vérité, la vérité qui dit « demain ça sera pareil, arrête de déconner, tu fais que reporter l’échéance ». Mais c’est humain et ça nous fait du bien putain. Grâce à toi on a l’esprit plus léger, t’es comme une partie de notre cerveau où on fout tout ce qu’on a pas envie de gérer tout de suite et pour s’alléger on se dit « je le ferai demain ». Tu nous permets de reporter nos responsabilités, nos devoirs, nos obligations. Avec toi on a le choix, et crois moi, tu nous évites d’exploser plus d’une fois. Je sais pas, je me dis que tu nous pousses à nous mentir à nous même au fond, à repousser les trucs qu’on doit de toute façon régler. Est ce qu’il vaudrait mieux pas affronter direct nos problèmes que de les reporter ? Ouais, je te jure, je suis pas sure que tu nous fasses du bien. En fait, peu importe comment on t’utilises, tu représentes la fuite, la fuite de quelque chose qu’on arrive pas à avoir maintenant, à affronter maintenant, dans ce présent qui nous emmerde, et la seule réponse qu’on a c’est toi. Le seul espoir qu’on a c’est toi. La seule solution qu’on a c’est toi. On se repose trop sur toi c’est un truc de fou. C’est hyper dangereux et tellement incertain. Mais c’est un risque qu’on est prêts à prendre, parce qu’au fond, on a rien à perdre. Le seul truc qui fait vraiment du bien avec toi c’est de t’imaginer, de se dire à quoi tu pourrais ressembler dans 15 ou 20 ans. Est ce qu’on aura réalisé nos rêves ? Est ce que ce monde arrêtera de partir en couille ? On se pose, on réfléchit, et on t’imagines. C’est ça aussi qui nous donne la force de tenir dans ce présent, c’est de nous dire que ça sera pas toujours comme ça. Que quelque chose de meilleur est possible. Alors on est pas cons, on se doute que dans 50 ans, les licornes auront pas envahis le monde et qu’on aura toujours pas nos lettres d’admission à Poudlard, mais on rêve, et putain ça fait du bien. C’est un peu tout ce qu’il nous reste en fait dans ce monde bien trop carré. L’évasion. Et avec toi on s’évade, parce que t’existes pas en fait. Pour l’instant t’es rien, donc clairement tu peux être n’importe quoi. Alors ouais, on t’imagines comme on aimerait que tu sois, et on se dit que ouais, vu que t’existes pas, bah ça peut carrément être possible. Ça fait du bien d’y croire, et on a même pas besoin clairement que ça se fasse ou quoi tout ce qu’on imagine. Juste de l’imaginer et d’y croire déjà ça donne une force pas possible. On fait des projets avec toi, on s’imagine avec toi, on se demande ce que tu vas faire de nous, on a peur de ce que tu nous réserves. Quand on commence un nouveau taf ou qu’on emménage dans une nouvelle ville, on se demande ce que tu nous réserves, quand on part en voyage, on se demande ce que tu nous réserve, quand on se lance dans une nouvelle relation, on se demande ce que tu nous réserves. On dit que la vie est pleine de surprises mais clairement c’est grâce à toi. Je me suis souvent demandé si jamais j’avais la possibilité de voir ma vie dans 10 ans, où j’en suis niveau love, niveau taf, niveau ville etc, est ce que je le voudrais. Je pense qu’on est tous un peu pareil sur la question. Y a une partie de moi qui est grave curieuse et y a une partie de moi qui a grave peur et qui lâche un « non » catégorique. Parce que clairement la magie de la vie c’est qu’on sait pas. On sait rien, on enfile les jours et on voit. Si on sait ce qu’il va se passer d’avance, il y a plus de magie. C’est comme un film, tu mates le début, tu zappes tout le film et tu passes cash à la fin. Ça marche pas, et t’es super frustré de pas savoir ce qu’il s’est passé entre temps, comment la fin est devenue la fin, comme on en est arrivé là etc. Et puis je pense que si on sait comment un truc est censé se passer, inconsciemment on fait en sorte que ça se passe. Ça aussi, je pense que c’est humain. On est complexes, on est impatients, on est curieux, mais surtout, tu nous fascines. On pense à toi tout le temps, à s’en prendre la tête, à se rendre malade, à essayer de te prévoir, à faire des plannings, à prendre des rendez vous. Mais la vérité c’est que t’es hyper imprévisible, que tu fais que ce que tu veux. Que c’est ça ta beauté, qu’on peut pas te prévoir, que tu nous surprendras toujours. Au fond, t’es une chance. T’es une chance pour ceux qui peuvent t’imaginer, pendant que d’autres savent que t’existeras pas pour eux. Qu’ils sont condamnés à vivre 5 ans, 1 an, parfois moins. Donc peu importe ce que tu nous réserves, c’est déjà une chance de savoir que tu es là, que tu seras là. Et nous aussi on est là, et on pense à toi. On attends des réponses de ta part, parce qu’on est perdus, parce qu’on est seuls, parce qu’on est en plein doutes, parce que la vie elle même est un doute, parce qu’on a besoin de croire en quelque chose et de se dire « putain le monde n’est pas figé ».

Chère époque

Chère époque,

On dit que tu pars en couille, que c’était mieux avant, que tu régresses. On se pose plein de questions à ton sujet, on se demande si on va s’en sortir avec toi, on se dit qu’on a pas de chance de te connaître et de pas avoir été nés il y a 30 ans. On se dit qu’avant c’était forcément mieux, que les salaires étaient plus élevés, qu’avant il y avait du taf, qu’avant les loyers étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui, qu’avant les gens avaient pas peur les uns des autres comme aujourd’hui, qu’avant les gens étaient beaux, ils étaient classes, ils étaient respectueux. On rêve d’avant et on se dit qu’on est pas gâtés avec toi, ah ça non. Mais en même temps on oublie parfois qu’on a la chance de vivre, peu importe à quelle année on tombe. Juste de vivre. Mais bon, c’est bien beau de relativiser, oui, tu pars sacrément en couille quand même. Et oui, on a pas de chance d’être tombés sur toi. Ou plutôt, tu nous simplifie pas la tâche. On doit se battre 3x plus que nos ainés pour obtenir la même chose. Aujourd’hui il y a des règles de partout, tout est structuré, il y a des procédures de partout, et tellement d’exigences. Tout est tellement difficile. Avant, le taf, c’était par bouche à oreille. Y avait des petites entreprises, c’était convivial, c’était chaleureux. Maintenant, on postule en ligne de partout et on espère être rappelé. Souvent, y a 0 réponse. On tombe dans des grandes entreprises qui nous parlent de productivité, toujours plus, où parfois les employés se connaissent même pas tellement il y en a. C’est tellement impersonnel. Ça manque tellement de charme par rapport à avant, cet avant que j’imagine tellement authentique. Ouais, je suis nostalgique de quelque chose que j’ai jamais connu. C’était différent, ça c’est sur. Aujourd’hui, les gens ont peur les uns des autres, ils se regardent à peine. A l’ancienne, les gens pouvaient sonner chez leur voisin pour demander un truc, il y avait cette espèce de proximité, ce charme de l’ancien temps. Mais c’est clairement l’ancien temps car maintenant, c’est à peine si on se dit bonjour entre voisins. Avec le temps, la politesse, l’entraide, la solidarité, le respect, tout ça a disparu, et ça a laissé place à l’indifférence de l’autre. C’est triste, mais au delà de ça, c’est alarmant. Alarmant parce qu’avec le temps qui passe, notre humanité disparaît. On devient égoïstes au possible et individualistes. Alors, qu’est ce qu’il reste de notre lien social, aujourd’hui ? Pas grand chose. Avant, les gens se rencontraient avec tellement de romantisme, même en boîte ou dans des bars, c’était tranquille, c’était pas le bordel comme maintenant. Il y a tellement de vulgarité aujourd’hui, dans l’attitude des gens, les fringues, la façon de draguer. Les gens se respectent plus entre eux, tromper est devenu normal, divorcer est la suite logique du mariage. Avant c’était pas comme ça. Le mariage c’était sacré, et quand ça allait plus dans le couple, on essayait de comprendre pourquoi et de le réparer. On le cassait pas à la première crise. Plus j’y pense et plus je me dis que plus rien n’a de valeur aujourd’hui. Sauf peut être l’argent, ça clairement, on aura beau traverser toutes les époques, ça mettra je pense tout le monde d’accord. La morale disparaît petit à petit, la conscience, l’éducation aussi. Y a qu’à voir le taux de délinquance et d’agressions qui explose. A l’ancienne, les gens pouvaient dormir avec la porte ouverte et ça craignait rien. C’est juste impensable aujourd’hui. On est dans une société agressive, qui pousse tout le monde à être sur la défensive en permanence. C’est pour ça, cette peur, c’est pour ça, ce visage grave et sérieux et ce regarde fuyant. Ouais, avant, c’était plus facile, donc les gens étaient plus légers, c’est logique. Je parle de quelque chose que j’ai pas connu mais qui me fait rêver quand j’entends les anciens en parler, je parle de quelque chose que j’imagine et qui est peut être pire que l’idée que je m’en fais, mais peut être mieux, mais j’ai du mal à croire que les seventies et la liberté absolue peuvent être un cauchemar à vivre. On avait tout, et on est reparti de rien. C’est ça l’espèce humaine, construire pour mieux détruire. Y a qu’à voir l’environnement. On a fait beaucoup de progrès avec les années, et aujourd’hui on est à la pointe de la technologie ! Pourquoi ? Pour qu’il y ait un taux scandaleusement faible de gens qui trient leurs déchets, qu’il y ait encore des cons qui jettent des trucs dans la mer. En bref, qu’il y ait toujours aucun changement général dans les consciences. Avant, il y avait aussi des modes, il y avait des styles, il y avait des marques. Mais c’était pas la folie d’aujourd’hui. C’est la course à qui sera le plus beau, qui sera le plus stylé, qui aura les dernières pompes de ouf. C’est la course des apparences, avec une cruauté de malade si on est pas dans les standards. Et pourtant, on est censés évoluer, évoluer vers la tolérance et l’acceptation du coup. Bah on est loin du compte, car il y a jamais eu autant de harcèlement scolaire que maintenant. Alors est ce qu’on va s’en sortir, est ce qu’on va arriver à vivre ensemble, est ce qu’on va arrêter de galérer et pouvoir un peu souffler ? Il nous reste l’espoir d’y arriver, de se dire que ça va mal mais que ça ira mieux, que la réalité peut être bousculée, que ça peut pas continuer à dégénérer comme ça. Et puis la réalité, la vraie, celle qu’on peut pas changer revient et nous montre que non, on est bien là dedans et on doit faire avec. Alors il ne reste que l’imagination pour penser à ce que serait la vie si on l’avait vécu avant, ou dans 500 ans, et la débrouillardise pour tenir en équilibre tel un funambule qui sent sa corde se casser peu à peu.

Cher monde du travail,

Cher monde du travail,

Je viens de capter que j’avais encore jamais écris sur toi, ce qui pourtant est miraculeux. Je pense tellement de choses de toi, j’ai tellement à dire que je comprends pas pourquoi j’en ai pas parlé plus tôt, en premier limite même dans les textes que j’ai écris, mais soit. Je sais même pas par où commencer tellement je sens plein de choses bouillir en moi quand j’y pense. On a tous connu cette sensation d’être devant quelqu’un qu’on kiffe, d’avoir envie de lui raconter sa vie entière, mais que y a rien qui sort. Vous voyez de quoi je veux parler ? Bah là c’est pareil, sauf que je kiffe pas du tout. En fait depuis que je te connais, c’est la merde. Après je me plains pas, ou pas trop, j’ai un beau CV, j’ai toujours réussi à rebondir quand il le fallait, et surtout j’ai fait de belles rencontres grâce à toi. Mais quel putain de poison tu es. Je saurais même pas te dire une expérience que j’ai faite avec toi où ça s’est bien passé, parce que y en a pas. Je tombe toujours dans des endroits avec une ambiance de merde, des responsables tyranniques, et forcément un salaire de merde et 150 responsabilités qui vont avec sinon c’est pas drôle. Alors j’ai peut être pas de chance tu vas me dire, peut être que la roue va tourner un jour, mais honnêtement j’y crois plus. Je pense que je suis pas toute seule à plus y croire d’ailleurs. A enchaîner les jobs de merde, parce qu’on a pas eu la chance de pouvoir faire des études ou de rencontrer les bonnes personnes qui nous ouvrent les bonnes portes. Alors on fait ce qu’on peut et on prend ce qu’on trouve pour bouffer. Y en a qui ont la chance de vivre de leur passion ou de faire quelque chose qu’ils kiffent vraiment, et c’est génial, qui n’en rêve pas ? Mais voilà, pour ça il faut déjà savoir ce qu’on veut faire, puis avoir la thune pour se lancer dedans, grâce aux parents souvent. Bah quand on a pas tout ça, on vit par défaut. En fait tu fais du mal autour de toi. Y a vraiment un sacré problème. Les patrons d’aujourd’hui sont pour la plupart des connards, c’est pas un secret. Mais pourquoi ? Parce que tu leur monte à la tête. « Y a plus de taf, le monde du travail va mal ». Pour un taf de merde avec un salaire de merde, y a 200 CV sur un poste. Le patron il se dit quoi ? « De toute façon je trouverais toujours un con pour faire mon taf de merde ». Je vois des annonces mais c’est hallucinant. J’ai été responsable dans le commerce, pour que tu comprennes. C’est un métier hyper ingrat, parce que tu dois gérer le pire : les gens, les émotions des gens, et avoir un oeil sur tout pour que ça fonctionne bien, et que pour tout ce que t’as à faire, la prise de tête que c’est, c’est tellement mal payé. Bah quand je regardes les offres de responsable, j’hallucine. On m’appelle pour être directrice adjointe dans un énorme magasin de déco pour 1700 euros bruts. En net ça fait 1300 à peu près. C’est une blague. Cette semaine je vois une annonce pour être responsable adjointe d’un autre magasin de déco (décidément), 1635 euros bruts. Vers 1250 nets. Je pense qu’il y a un vrai problème. Et évidemment pour ce genre de taf, il faut des expériences de plusieurs années et des compétences. Souvent, pour des postes à responsabilités, j’ai passé 4, 5 entretiens avant d’être validée. On en est là, un putain de parcours du combattant, où tu dois galérer à mort pour être sous payé dans un truc qui te demandera un investissement x10000. On peut aussi parler de la reconnaissance. Je vais te dire ce qui cloche chez toi, pourquoi les gens en ont marre, pourquoi ça tourne pas et qu’aujourd’hui les gens sont malheureux de travailler. Ils sont pas reconnus, ils sont pas valorisés alors qu’ils taffent comme des merdes, pour être payé une merde, pour des patrons de merde qui les respectent même pas et qui croient avoir le droit de vie ou de mort sur les gens parce que « le monde du travail va mal et que si t’es pas content tu dégages, j’ai une pile de CV ». Les gens sont fatigués mais ils le font quand même, parce qu’ils ont pas le choix. J’entends toujours qu’on a toujours le choix dans la vie mais c’est faux. On a le choix de galérer, on a le choix de claquer la porte à la gueule de quelqu’un qui ne nous respecte pas, on a le droit de vouloir être payé à sa juste valeur, on a le droit de vouloir trouver un taf qui nous corresponde un minimum et qui soit pas à 3 H de chez nous. Mais y en a pas, ou alors on est des millions de poisseux à subir un quotidien morbide au travail en France. A supporter de perdre son temps pour un salaire ridicule. Mais on a pas le choix que d’avoir de l’argent qui rentre. Et y a les rêveurs, dont je faisais partie. J’ai commencé des études avec un rêve, mais j’ai du les arrêter pour bosser. Et quand je vois maintenant tous mes potes de promo qui ont eu leur master 2 et qui font des trucs qui ont juste rien à voir, ou qui trouvent rien, je me dis que c’est chaud, c’est très chaud. Clairement, j’avais lu une phrase style « tu peux être n’importe qui, avoir fait 0 études, avoir jamais taffé, si tu rencontres la bonne personne qui t’ouvres la bonne porte, tu peux faire n’importe quoi ». Je suis d’accord à 3000 % avec ça, et c’est comme ça, chacun sa chance. Clairement je te déteste, parce que tu brides les gens, ce qu’ils peuvent faire, leur potentiel, parce que tu les obliges à s’enterrer dans des trucs tellement tristes. Alors oui, on est fatigués, les travailleurs sont fatigués de juste être des travailleurs, de passer leur vie au taf pour avoir juste de quoi payer leur loyer et faire les courses, tout ça pour qu’1 français sur 4 soit dans le rouge à la fin du mois. Les travailleurs veulent être des kiffeurs, ils veulent kiffer avec leur argent, ils veulent arrêter de compter ce qu’ils font, ils veulent arrêter d’avoir des budgets pour au final être dans le rouge quand même, ils veulent aller en vacances, se faire plaisir. On est des personnes, on est pas juste des travailleurs destinés à faire rentrer de la thune elle même juste destinée à rentrer aux impôts, pour le loyer et les factures. On veut être des kiffeurs, pas juste des survivants.

Chère nouvelle année

Chère nouvelle année,

Qu’est ce qu’on peut se souhaiter de plus par rapport à l’année dernière ? C’est chaque fois la même question. On te souhaite par politesse, souvent, avec sincérité, parfois. C’est déjà une chance tellement grande de pouvoir simplement être là pour te célébrer. Il y en en a qui espèrent que tu leur apportera l’amour, d’autres un taf, d’autres de rester en bonne santé, d’autres de retrouver la santé, et puis tellement d’autres souhaits encore. A chaque fois que t’arrives, tu donnes de l’espoir, comme si on se disait qu’en un jour, t’avais le pouvoir de réaliser nos voeux et de changer notre vie. C’est terriblement innocent n’est ce pas ? On restera toujours des enfants, à croire à la magie et à se dire que tu vas changer les choses comme par enchantement. La vérité c’est que l’être humain a besoin de nouveauté, d’un espèce de vent de fraîcheur, de changement, sinon il déprime. Donc oui, quand t’arrives, c’est excitant, on se dit qu’il va arriver tout plein de trucs nouveaux, de nouvelles séries, de nouvelles rencontres, de nouveaux voyages. On voit tous quelque chose de différent en toi. Y en a pour qui t’es juste « une année de plus », et je trouve ça un peu triste au fond. Y en a qui se disent que t’es « leur année » et ils espèrent que leur vie se développe complètement avec toi, et puis il y en a qui ont déjà de bonnes bases, et qui espèrent tout simplement garder tout ça, et continuer à développer ce qu’ils ont déjà. Tout le monde met des espoirs différents en toi, mais au final, tu n’es qu’un nombre, et c’est nous qui faisons ce que nous voulons de toi, c’est nous qui décidons si tu sera bonne ou mauvaise. Alors oui, il y a des éléments extérieurs qui peuvent déterminer si tu sera une « bonne année » ou non, des coups du destins, des « hasards malheureux », des maladies, mais globalement, ouais, c’est nous qui décidons. Techniquement, je pense savoir aussi pourquoi tu nous fais autant de bien, quand on te fête. Techniquement, on avance dans le calendrier, et psychologiquement, je pense qu’on sent qu’on avance aussi, qu’on va de l’avant, parce qu’on marche avec toi vers le futur et que ça rend fier et heureux comme idée. On fête le futur incertain, nos amours déçus et enterrés, l’amour trouvé qui guérit les blessures, et tellement plus encore. On fête l’excitation de la nouveauté, nos envies de changement, la stabilité qu’on a trouvé et qu’on souhaite de tout coeur de garder. On fête les bonnes surprises que tu nous réserveras et qu’on essaye de deviner. On fête l’année de merde qu’on vient de quitter, et on se dit que ça sera forcément mieux. On fête l’espoir de réparer nos coeurs meurtris, de faire disparaître nos doutes, nos peurs et nos incertitudes. On fête l’espoir de se révéler, de gagner en assurance, et de dire « j’existe » haut et fort sans complexes, peu importe nos parcours ou nos différences. On fête l’espoir.

Chère amitié

Chère amitié,

Il y a ces fois où j’ai cru te connaître, ces fois où je savais que c’était pas toi, il y a cette fois où j’ai cru que c’était toi, mais en fait c’était plus, et il y a cette fois où je t’ai vraiment connue. Je t’avais jamais vraiment connu dans ma vie, j’avais des relations assez superficielles avec tout le monde, et à vrai dire, je pensais pas que t’existais vraiment. Je veux dire, comme dans les séries, tu sais, où tu vois des amitiés de ouf entre les persos genre « à la vie à la mort ». Et pourtant je t’ai rencontré, je t’ai parlé pour la première fois en Octobre 2012, sans même savoir que c’était toi à vrai dire. J’ai senti immédiatement que j’avais une connexion spéciale avec toi, je saurais pas expliquer. C’était alchimique. On se comprenait à merveille, on terminait nos phrases, on se comprenait sans même se parler, on pouvait parler des heures ou ne pas parler du tout et c’était toujours aussi rassurant. J’ai dormi chez toi, j’ai fait des soirées avec toi, j’ai fait les courses avec toi, j’ai glandé à la fac avec toi, j’ai rigolé des heures avec toi, pleuré aussi, je t’ai raconté mes peines de coeurs, mes problèmes de famille, tu me parlais des tiens, j’ai essayé de t’aider comme j’ai pu, mais surtout de t’écouter, beaucoup, de te soutenir et de t’aimer très fort. Ouais, je l’ai eu mon « amitié de série », et elle était même plus belle que je ne l’avais imaginé. En fait j’ai jamais comprit pourquoi tu m’avais choisi moi, alors que je me considérais si quelconque à l’époque, toi qui était si drôle, si intelligente, si belle, si parfaite. J’ai jamais comprit mais j’en étais tellement fière. Et puis y a eu ce truc. Janvier 2015, un message hyper long mais qui pourtant était hyper vide. Tu m’expliquais que c’était la fin de notre amitié, de 2 ans et demi d’amitié fusionnelle. Et le pire dans tout ça, c’est que ton message était beau. Tu y avais mis de la tendresse. Je pense que j’aurais préféré que tu m’en mettes plein la gueule, ça aurait été plus facile de te détester.  J’ai jamais comprit ce qui nous est arrivées, ce qui t’es arrivée, pourquoi tout s’est fini comme ça, sur ce message énorme mais pourtant si vide d’explications que je n’ai jamais eu et que je n’aurais surement jamais. Je l’ai relu plusieurs fois pourtant, mais j’ai jamais comprit. Je pense que je saurais jamais pourquoi ça s’est arrêté comme ça, pourquoi il y a un an quand, parce que j’arrivais pas à t’oublier et que des potes t’ont contacté pour te le dire, tu m’as envoyé chier, pourquoi malgré toute cette déception, bah j’arrive pas à penser du mal de toi comme je le devrais. Aujourd’hui, j’attends plus rien de toi, tu m’as tellement déçu. Je croyais en toi, je croyais en nous. Pendant 3 ans, j’ai pensé à toi, j’ai pensé à nous, j’ai réfléchi à ce que j’ai pu faire pour te froisser, pour mériter que tu me vires de ta vie comme ça, j’ai réfléchi à comment te reconquérir, j’ai essayé de te demander ce que tu foutais. Ça n’a jamais rien donné, et aujourd’hui tu n’es toujours pas là, et je sais que tu ne seras plus jamais là. Ça ne me rend plus triste, tu m’as trop déçu pour ça. J’ai juste beaucoup de nostalgie quand je pense à toi, à ma fierté de t’avoir connu, à notre merveilleux duo et d’à quel point on était belles ensemble. On aurait pu durer pendant encore de longues, très longues années, t’aurais du être mon témoin à mon mariage, si t’avais pas tout gâché. Ou si j’avais pas tout gâché, mais dans ce cas là, dis moi putain ! J’aimerais tellement remonter dans le temps, à la dernière fois où je t’ai vu, à cette dernière fois où je t’ai déjà senti super bizarre, et qu’étrangement, je sentais que c’était la dernière fois que je te reverrais. J’aimerais revenir à cette fois là et te dire « bon, c’est quoi le problème ? ». Mais ça, c’est pas possible. J’pensais que nous, on valait mieux que ça, mais apparemment, je me suis trompée. Tout ce qu’on s’est dit, tout ce qu’on s’est promis, c’était pas aussi fort que ça apparemment. C’est surtout ça qui m’a déçu et qui me dégoûte de toi aujourd’hui. C’était la première fois où je t’ai connu, toi, l' »amitié », et je saurais pas dire si tu m’as fait plus de mal que de bien, ça a été si intense. Il y a cette rupture amoureuse qui m’a déchiré le coeur, et puis il y a cette rupture avec toi qui me l’a arraché et piétiné. On s’était dit qu’on se protégerait toujours, et pourtant c’est toi qui m’a fait le plus de mal, comme c’est ironique. Je ne te reverrais sans doute jamais, je ne te reparlerais plus jamais, à vrai dire, je n’en ai même plus envie, mais je sais que je ne te rencontrerai plus jamais une personne aussi incroyable que toi.

A l’amitié, à toi, Charlène.