Cher Ilan Halimi,

Cher Ilan Halimi,

C’est quand je t’ai vu à la tv, quand j’ai vu ce qu’il t’es arrivé que j’avais honte d’être humaine pour la première fois de ma vie. C’était la première fois que je ressentais de la haine, je m’en souviens. J’avais 13 ans. Aujourd’hui, j’en ai 13 de plus, et la haine n’est toujours pas redescendue. J’ai été élevée dans l’amour d’Israel. J’ai fréquenté les synagogues pendant toute mon enfance. Je voyais toujours la police devant. Ma mère me disait que c’était pour nous protéger. « Parce qu’il y a des gens qui n’aiment pas les juifs ». Je ne comprenais pas pourquoi. Je ne comprends toujours pas pourquoi. De quoi aurait-on besoin d’être protégé ? De qui ? Qui voudrait nous faire du mal juste parce qu’on est juif ? C’était il y a 13 ans, et quand j’ai vu ton histoire à la tv, j’ai eu une partie de mes réponses. J’ai grandi d’un coup. J’ai perdu une grande partie de mon innocence. J’ai réalisé que oui, on peut s’en prendre à nous « juste parce qu’on est juifs ». Ça passait en boucle, en boucle, en boucle à la tv. On ne parlait que de toi. C’était très clair, très précis, il y avait des détails, des noms, des faits. Ils expliquaient tout ce que tu as subi. Ton enlèvement, organisé au SFR du boulevard Voltaire à Paris où tu travaillais. Ils ont parlé des types qui t’ont choisi. Ils t’ont repéré, ils ont décidé que ça serait toi. Ils ont parlé de la fille qu’ils ont payé pour venir te draguer à SFR. Ils ont parlé de cette fille que tu as revu, car elle était mignonne, alors tu t’es dis pourquoi pas. Tu devais avoir hâte de la revoir. Elle avait été payée pour ça après tout, pour être sympa et pour que tu aies envie de la revoir. Ils ont parlé de toi qui est allé sur le lieu de rendez vous. Et ils ont parlé de cette voiture qui est arrivée, avec ces types à bord qui t’ont embarqué de force. Ils ont parlé de cette cave à Bagneux dans laquelle tu es resté 3 semaines. Ils ont parlé des 3 semaines de séquestration. Ils ont parlé des mégots de cigarettes qu’ils t’écrasaient sur le visage. Ils ont parlé des coups de cutter que tu avais sur tout le corps. Ils ont parlé des ravisseurs qui appelaient ta mère pour la narguer, et lui demander de l’argent. Ils ont parlé du fait  qu’ils augmentaient toujours la somme. Ils ont parlé des violences sexuelles que tu as subi, pendant ces trois semaines. Ils ont parlé de toutes les tortures que tu as subi. Ils ont parlé de ton corps retrouvé sur les voies du RER C. Entièrement nu. Tu étais encore en vie, tu as survécu à tout ça. 3 semaines de torture. Ils ont dit que tu es mort sur le chemin pour aller à l’hopital… Ils ont expliqué que tu étais frigorifié, que tu es mort de faim, de froid, et que tu as succombé à toutes les tortures que tu as subi pendant 3 semaines… Ils ont dit que ton corps était brûlé à 80 %… Ils ont expliqué que tu as été lavé à l’acide, pour effacer les traces ADN, avant d’être jeté de la manière la plus inhumaine et cruelle qui soit. Ils ont aussi dit que Youssouf Fofana, le chef du gang des barbares, car ceux qui t’ont fait ça se sont donné un nom, a appelé ton père trois jours après ta mort pour lui demander si il était content que tu sois mort. Ils ont expliqué qu’ils ont retrouvé des flyers « soutien aux Palestiniens » chez Youssouf Fofana. Ils ont expliqué que c’était la 5 ème fois qu’ils essayaient de faire ça, de kidnapper un juif, mais qu’à chaque fois ça ratait, et qu’avec toi, ils ont réussi. Ils ont expliqué que Fofana a dit que « les juifs c’est riche » et qu’ils t’ont prit pour ça, pour avoir de l’argent. Ils ont parlé des applaudissements du gang des barbares qui s’est levé quand Fofana est rentré dans la salle d’audience. Ils ont parlé de l’avocat du gang des barbares, qui a écrit un livre pour dire qu’il n’y a rien d’antisémite dans ton meurtre. Et ils ont parlé de Youssouf Fofana, qui sera libéré en 2028. Ils n’arrêtaient pas de parler de toi. Toi, qui a été torturé à mort parce que tu étais juif. Mais pourtant, je ne comprenais rien. Pourquoi ? C’était il y a 13 ans, et tu m’as fait découvrir avec une grande violence la cruauté, l’horreur de l’humanité. L’injustice. Encore aujourd’hui, souvent, je pense à toi. Je repense parfois à ce jour où ma mère pleurait sans pouvoir s’arrêter devant bfmtv. Devant la victoire de Netta à l’eurovision, je me suis dis que tu aurais été fier. Je me dis que ta famille n’a pas mérité ça, que tu n’as pas mérité ça. Je me dis qu’aujourd’hui, tu aurais du être heureux, avoir une famille. Je revois souvent ton visage, tu étais tellement beau. Tu sais, c’était il y a 13 ans, mais j’ai encore du mal à voir ton visage sans avoir les larmes aux yeux et la haine qui monte. Je ne t’oublierai jamais.

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