Cher Skyrock

Cher Skyrock,

Je me perds dans ma nostalgie aujourd’hui, et je pense à toi. Je pense à ces merveilleuses années qu’on a passé ensemble. Je pense aux belles rencontres que j’ai faites grâce à toi. Je pense à toutes ces heures que j’ai passé à exprimer ma créativité. J’ai écrit, fait des dessins, des montages, j’ai passé des heures, des jours, des mois qui se sont transformés en années avec toi, à réfléchir à ce que j’allais poster. Quand, comment, « mais comment vont réagir les gens ? Est ce que ça va plaire ? Oh et puis merde je le poste ! Oh un commentaire ! Cool, un autre ! Putain j’ai eu 20 visites aujourd’hui ! C’est qui lui qui me lâche un +5 ? » C’était le bon temps. Déjà, y a des trucs que je verrai plus jamais, c’est genre ton vocabulaire spécifique. Quand j’y repense, ça me fait chelou. « Lâche des coms, je te rends », « joli profil la miss, +5, passe sur mon profil stp ». Et les gens qui demandaient des échanges de com. C’était le truc le plus stérile du monde, mais genre absolument inutile. C’est genre tu prends ton temps, t’en fais une boule et tu le fous à la poubelle. Le principe c’est que quelqu’un laisse des com de merde genre vraiment n’importe quoi, genre admettons 10 com avec dans chacun une lettre de l’alphabet. Bah ça fait 10 com, et ça fait genre « hype » quoi, en mode y a du passage sur le blog. Et en échange bah faut faire la même chose, aller sur le blog de la personne et lui lâcher des com inutiles pour faire du remplissage. C’est fou quand je me dis tout le temps que j’ai passé avec ces conneries. Mais c’était tellement pas que ça. T’étais mon premier taf en quelque sorte. J’avais des objectifs dès le départ : déjà m’exprimer, parce que j’avais beaucoup de choses à dire. Me faire des potes. Et devenir Blog Star. Ça c’était le truc ultime au collège. C’est simple : Skyrock choisit les meilleurs blogs tous les mois et ils sont Blog Star. Ils les mettent en page d’accueil du site pendant 1 mois, avec du coup une visibilité de ouf forcément.  Avant même que je fasse mes blogs, ça parlait que de toi au collège. « Tu me files ton skyblog ? C’est quoi ton skyblog ? Vas-y lâche moi des com et je like ton profil ! » T’étais au même niveau qu’MSN dans la hypitude, et c’est dire si MSN était haut à ce niveau là ! J’me suis lancée qu’au lycée avec toi, tard, je sais pas trop pourquoi. Sans doute par esprit de contradiction de pas vouloir suivre le délire des autres. Mais j’étais détèr. J’ai commencé par mon blog BD, où je galérais à scanner mes BD pour les poster sur mon blog, où je passais des journées entières à dessiner, et qu’après j’étais toute contente de partager ça avec des gens qu’au fond je connaissais même pas, mais dont j’avais hâte de voir les réactions. Puis j’avais des choses plus sérieuses à dire, alors j’ai fait mon blog plus dans un délire psycho-philo. Il me manquait un côté humour/rédaction dans tout ça, un truc plus léger, alors j’ai fait un troisième et dernier blog, avec des textes sur la vie quotidienne, des chroniques. Je sais pas ce que je préférais entre écrire et passer des journées sur Tumblr à chercher les images parfaites pour illustrer mes textes. C’était tellement satisfaisant quand je trouvais LA bonne image, je me souviens. Et puis c’est arrivé, j’ai été blog star. Sur mon blog BD, puis sur mon blog psycho, puis sur mon blog de chroniques. Dans l’ordre de leur création en plus, BG. C’est con hein, et c’est nul au fond, ça vaut rien, mais t’étais ma première fierté, ma première reconnaissance de mon travail (y en a pas eu 150 après ça crois moi). Ma première rencontre avec les haters d’internet aussi. « Ouais mais tu mérites pas, ouais mais moi ça fait 5 ans que j’essaie comment ça se fait que toi en 2 mois t’es élue, c’est pas normal ». C’est la vie, ça éduque ! C’était ouf quand j’y repense. Je pouvais me connecter à n’importe quel moment de la journée, pendant un mois j’avais « 99+ » sur tous les indicateurs. Messages privés, visites, commentaires. Ouf. Sans intérêt au fond, mais ouf. Et puis tu t’es essoufflé, et moi avec je dois dire. C’est triste mais une fois que j’avais atteins tous mes objectifs, j’avais plus rien à te donner, et je pense que toi aussi. J’avais donné tout ce que j’avais sur chaque blog, dis tout ce que j’avais à dire, exprimé tout ce que je voulais exprimer. J’ai fais des tas de belles rencontres, et j’ai été blog star. 2 mois après avoir été blog star sur mon dernier blog, je te quittais. J’ai jamais trouvé le courage ni même eu l’envie de supprimer tous mes blogs, ils existent encore, comme pour me rappeler tous ces bons moments que j’ai passé, tout ce travail, et cette fierté que ressent une meuf de 17 ans qui a jamais rien fait de sa vie face à une réussite, même si c’est une réussite de merde. T’es toujours là, mais t’es mort quasiment au même moment où je suis partie. Toutes mes rencontres t’avaient déserté, de moins en moins de gens allaient te voir, t’entretenaient, se connectaient à toi. C’était la fin. Je l’ai senti, et avant de vraiment m’ennuyer avec toi et de gâcher tout ce qu’on a vécu, j’ai préféré m’en aller. J’écris sur toi parce que t’as été très important pour moi tu sais, t’es une grande étape de ma vie qui m’a beaucoup apporté. Tu m’as montré que j’étais capable de produire des trucs pas trop dégueu, que ça trouvait un public, que les gens pouvaient se reconnaître dans ce que je faisais, que je pouvais même leur faire du bien. Tu m’as apporté de la chaleur humaine à un moment de ma vie où je n’en avais pas du tout. Je pense que ma vie aurait dégénéré bien plus que ça sans toi. J’avais besoin de toi pour dire ce que je pense, sous toutes les formes où je l’ai fait, parce que je n’avais personne pour le faire, mais je t’avais toi, et tous ces avatars qui me laissaient des commentaires, me visitaient, me demandaient en ami, avec qui on est devenus proches, ou qui sont simplement restés des avatars parmi les avatars. Il y a aussi eu quelques brisures, comme cette fille avec qui j’avais sympathisé, et avec qui on est devenues très proches. Je pense même que j’avais des sentiments pour elle, quand j’y pense. On s’est parlées tous les jours pendant 1 an, puis elle a disparu. J’ai essayé de lui écrire, plusieurs fois. Mais elle a laissé son blog à l’abandon, et elle n’a jamais répondu à mes mails. C’est les déceptions d’internet : les gens vont et viennent encore plus vite que dans la vie normale, parce que c’est 10 fois plus facile. On se voit pas, donc ça existe pas vraiment ce qu’on vit. Bah pourtant si. Il y a des sentiments derrière un écran. Je ne sais pas ce qu’elle devient. Des fois j’y pense, je me dis que peut-être un jour j’aurais des nouvelles. Peut-être pas. En attendant, on aura vécu, tous, quelque chose de fort et d’unique. J’ai apprit à m’intéresser aux gens, en visitant leurs blogs, en commentant des articles sur plein de sujets différents. C’était passionnant, vraiment. T’étais passionnant. Des fois moins, quand je tombais sur les articles style « Dylan, 13 ans, Sarcelles, lâche des com je rends tout », avec une photo du mec avec des Ray-Ban et un duckface. C’était très toi ça, le duckface. Y avait aussi ton tchat, avec les gros porcs dégueulasses qui envoyaient leur bite et des « cc on baise ». Qu’est ce qu’on a rigolé. A la FAC, quand on avait pas envie de suivre, on se foutait sur ton tchat, avec les potes, et on attendait. On attendait que des vieux mecs viennent nous parler, et on leur disait de la merde. Genre si il disait « t’es d’où ? », je répondais « Poudlard et toi ? », et ça pouvait durer longtemps comme ça. Tu sais, tu me manques. Je pense souvent à toi, parce que j’ai jamais réussi à retrouver ce que j’ai vécu avec toi. T’es comme une relation de couple où tout était parfait, on se sépare, on se remet en couple, et la nouvelle personne est pas au niveau. Il manque un truc, il y a un vide. C’est pas pareil sans toi. J’ai beau avoir refait des blogs ailleurs, j’ai jamais retrouvé cette interaction géniale entre les gens qui a fait ton succès. Tu étais unique, tu le resteras toujours, et je suis heureuse de t’avoir connu au bon moment, pour toi comme pour moi. Quand je pense à toi, c’est avec bonne nostalgie, et beaucoup de reconnaissance. Merci d’avoir été là quand j’en avais besoin, merci de m’avoir permise de me découvrir moi même et de découvrir des gens géniaux, merci pour ces fous rires, ces joies, ces satisfactions. Je te lâche un gros +5 et je te souhaite une bonne retraite, tu l’as bien mérité !

 

Si vous êtes curieux :

Dans l’ordre :

Mon blog BD

Mon blog psycho

Mon blog chroniques

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