Cher racisme

Cher racisme,

La première fois que je t’ai connu, j’avais 11 ans. On était au foot, j’avais marqué un but, et Inès m’avait traité de sale juive. C’était la première fois. Je savais pas comment réagir, alors j’ai pleuré. On est con à cet âge là. Déjà si aussi jeune y a cette mentalité là, c’est facile à dire mais tu te dis qu’à la maison y a un problème. Que disent les parents ? La gosse va pas débouler à l’école comme ça et traiter les autres de sale juif, c’est que forcément c’est ce qu’on lui fout dans la tête. Depuis, j’ai pas eu trop de soucis, si ce n’est des « t’es juive donc t’es riche ? » « mais du coup t’es juive donc t’es radine ? », ‘fin les clichés habituels quoi. Mais je suis loin d’être la plus à plaindre. Surtout qu’aujourd’hui je suis prête à affronter n’importe quoi. Je suis juive et j’en suis fière. J’ai été élevée dans l’amour d’Israel et c’est quelque chose que je porte la tête haute. Il y a des gens qui ne comprennent pas ça et qui se réfugient dans tes bras. C’est la facilité. Ils ne comprennent pas que les gens peuvent juste aimer leur pays, leur religion, et être « tranquilles ». Non, c’est forcément des extrémistes, des caids, des bandits, des tueurs. Ou pire, des terroristes. Il y a une peur de l’autre assez énorme, surtout dans ce pays. Ok, les médias nous bourrent le crâne de ouf, mais quand même. Où est le libre arbitre des gens dans tout ça ? En fait, les médias disent « les arabes c’est les méchants et les juifs sont tous riches », et hop, ça donne des gens qui tremblent quand ils croisent un arabe un peu trop barbu et d’autres qui regardent de travers un juif qui porte une kippa, parce que la jalousie tu comprends. Et c’est là où tu commences. La peur, la jalousie, les critiques gratuites. Les agressions, les meurtres. Au nom de quoi ? De la différence de religion, de couleur de peau. Vraiment, on en est là ? Depuis la nuit de temps, l’humanité a un problème avec toi. L’apartheid, la ségrégation, l’esclavage des noirs… C’est surréaliste de considérer que des humains ont moins de valeur ou sont moins bien que d’autres humains juste parce qu’ils sont noirs, arabes, chinois ou juifs. On est tombés dans ce monde là, où tout le monde se prend pour dieu et croit qu’il peut juger ou non de la valeur d’une personne ou de ses péchés. C’est n’importe quoi. Alors les gens ont peur, ils se cachent derrière toi pour cacher leurs complexes, leur peur de l’autre qu’ils ne cherchent ni à comprendre ni à combattre, et ils vomissent leur haine. Ça peut s’arrêter là, à parler de toi devant les infos, sur fb, et à dire que « vivement que Marine fasse le ménage, parce que les migrants ça va deux minutes mais faut pas déconner », comme ça peut aller beaucoup plus loin. Agressions, meurtres. Au nom de quoi ? De la différence, de la peur ? Non, de la connerie. La peur ne pourra jamais justifier de tuer des gens sous prétexte qu’ils portent une kippa ou un voile. « Les arabes foutent la merde en France », « Y a trop de noirs dans l’équipe de France », « y en a marre de voir plus de noirs à la tv que de français ». Mais ces gens là sont aussi Français. Il y a un taux de connerie assez incroyable dans ce que peuvent dire les gens qui t’ont dans la tête. Parce que franchement à part toi, je pense pas que y ait grand chose d’autre. Ils sont bouffés par la haine, mais pas que des autres, ils ont la haine contre leur propre vie. Ils se défoulent sur ce qu’ils trouvent. Je pense pas que quand t’es en paix avec toi même et heureux tu craches sur un noir dans la rue. Mais pourtant on est dans ce monde et dans ce pays là où, on va pas se mentir, ça va peut être mieux mais en soit la différence n’est pas acceptée et où il faut être un homme blanc hétéro pour être le roi du monde. Waw. Nos choix ne regardent que nous. Ce sont nos choix. La religion en fait parti. Je pense qu’il y a un vrai problème de tolérance de l’autre parce que l’homme est incapable de vivre en communauté, ou de respecter l’univers des autres. Il est obligé de juger, de critiquer, de donner son avis. Et il est convaincu que ça intéresse, et que c’est le bon, forcément. Heureusement, tous ne sont pas comme ça et oui, ça va mieux. La différence devient « normale », car elle l’est. Etre différent, c’est normal. On apprend de mieux en mieux à vivre les uns à côté des autres. Mais il y a toujours cette peur qui est au fond de chacun, et quand les infos parlent d’attentats ou de terrorisme, la haine revient, alors que ça commençait à aller mieux, à se tasser. Les gens sont tellement influençables. Mais je me dis que pour penser à toi, l’exprimer, le revendiquer et passer à l’acte, c’est que déjà, y avait déjà quelque chose dans la tête de la personne au fond. Elle a pas attendu bfmtv pour se découvrir. Et c’est malheureux, parce que les gens qui sont avec toi sont incapables de faire la part des choses entre ceux qui pratiquent une religion dans leur coin, et ceux qui veulent juste foutre la merde et n’en ont rien à foutre de la religion. Ceux qui se cachent derrière ça pour tout faire péter. Bah non, c’est pas ça une religion, ça c’est des extrémistes. Les gens voient que ce qu’ils veulent voir et interprètent tout comme ça les arrange. Ça soulage tellement de déverser sa haine. Dans ce cas là, elle n’est pas justifiée, et c’est triste. Il ne faut pas globaliser des faits sur un peuple entier. Vivons simplement ensemble, respectons nous et acceptons nos différences. C’est ce qui fait la richesse de ce monde. Malheureusement, c’est aussi ce qui le divise, parce que l’homme choisit de faire comme ça. On est en 2019, et aujourd’hui, ça va un peu mieux. J’ai espoir que ça continue et qu’on puisse tous vivre les uns à côté des autres sans se dévisager. Et non les uns contre les autres.

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Cher Ilan Halimi,

Cher Ilan Halimi,

C’est quand je t’ai vu à la tv, quand j’ai vu ce qu’il t’es arrivé que j’avais honte d’être humaine pour la première fois de ma vie. C’était la première fois que je ressentais de la haine, je m’en souviens. J’avais 13 ans. Aujourd’hui, j’en ai 13 de plus, et la haine n’est toujours pas redescendue. J’ai été élevée dans l’amour d’Israel. J’ai fréquenté les synagogues pendant toute mon enfance. Je voyais toujours la police devant. Ma mère me disait que c’était pour nous protéger. « Parce qu’il y a des gens qui n’aiment pas les juifs ». Je ne comprenais pas pourquoi. Je ne comprends toujours pas pourquoi. De quoi aurait-on besoin d’être protégé ? De qui ? Qui voudrait nous faire du mal juste parce qu’on est juif ? C’était il y a 13 ans, et quand j’ai vu ton histoire à la tv, j’ai eu une partie de mes réponses. J’ai grandi d’un coup. J’ai perdu une grande partie de mon innocence. J’ai réalisé que oui, on peut s’en prendre à nous « juste parce qu’on est juifs ». Ça passait en boucle, en boucle, en boucle à la tv. On ne parlait que de toi. C’était très clair, très précis, il y avait des détails, des noms, des faits. Ils expliquaient tout ce que tu as subi. Ton enlèvement, organisé au SFR du boulevard Voltaire à Paris où tu travaillais. Ils ont parlé des types qui t’ont choisi. Ils t’ont repéré, ils ont décidé que ça serait toi. Ils ont parlé de la fille qu’ils ont payé pour venir te draguer à SFR. Ils ont parlé de cette fille que tu as revu, car elle était mignonne, alors tu t’es dis pourquoi pas. Tu devais avoir hâte de la revoir. Elle avait été payée pour ça après tout, pour être sympa et pour que tu aies envie de la revoir. Ils ont parlé de toi qui est allé sur le lieu de rendez vous. Et ils ont parlé de cette voiture qui est arrivée, avec ces types à bord qui t’ont embarqué de force. Ils ont parlé de cette cave à Bagneux dans laquelle tu es resté 3 semaines. Ils ont parlé des 3 semaines de séquestration. Ils ont parlé des mégots de cigarettes qu’ils t’écrasaient sur le visage. Ils ont parlé des coups de cutter que tu avais sur tout le corps. Ils ont parlé des ravisseurs qui appelaient ta mère pour la narguer, et lui demander de l’argent. Ils ont parlé du fait  qu’ils augmentaient toujours la somme. Ils ont parlé des violences sexuelles que tu as subi, pendant ces trois semaines. Ils ont parlé de toutes les tortures que tu as subi. Ils ont parlé de ton corps retrouvé sur les voies du RER C. Entièrement nu. Tu étais encore en vie, tu as survécu à tout ça. 3 semaines de torture. Ils ont dit que tu es mort sur le chemin pour aller à l’hopital… Ils ont expliqué que tu étais frigorifié, que tu es mort de faim, de froid, et que tu as succombé à toutes les tortures que tu as subi pendant 3 semaines… Ils ont dit que ton corps était brûlé à 80 %… Ils ont expliqué que tu as été lavé à l’acide, pour effacer les traces ADN, avant d’être jeté de la manière la plus inhumaine et cruelle qui soit. Ils ont aussi dit que Youssouf Fofana, le chef du gang des barbares, car ceux qui t’ont fait ça se sont donné un nom, a appelé ton père trois jours après ta mort pour lui demander si il était content que tu sois mort. Ils ont expliqué qu’ils ont retrouvé des flyers « soutien aux Palestiniens » chez Youssouf Fofana. Ils ont expliqué que c’était la 5 ème fois qu’ils essayaient de faire ça, de kidnapper un juif, mais qu’à chaque fois ça ratait, et qu’avec toi, ils ont réussi. Ils ont expliqué que Fofana a dit que « les juifs c’est riche » et qu’ils t’ont prit pour ça, pour avoir de l’argent. Ils ont parlé des applaudissements du gang des barbares qui s’est levé quand Fofana est rentré dans la salle d’audience. Ils ont parlé de l’avocat du gang des barbares, qui a écrit un livre pour dire qu’il n’y a rien d’antisémite dans ton meurtre. Et ils ont parlé de Youssouf Fofana, qui sera libéré en 2028. Ils n’arrêtaient pas de parler de toi. Toi, qui a été torturé à mort parce que tu étais juif. Mais pourtant, je ne comprenais rien. Pourquoi ? C’était il y a 13 ans, et tu m’as fait découvrir avec une grande violence la cruauté, l’horreur de l’humanité. L’injustice. Encore aujourd’hui, souvent, je pense à toi. Je repense parfois à ce jour où ma mère pleurait sans pouvoir s’arrêter devant bfmtv. Devant la victoire de Netta à l’eurovision, je me suis dis que tu aurais été fier. Je me dis que ta famille n’a pas mérité ça, que tu n’as pas mérité ça. Je me dis qu’aujourd’hui, tu aurais du être heureux, avoir une famille. Je revois souvent ton visage, tu étais tellement beau. Tu sais, c’était il y a 13 ans, mais j’ai encore du mal à voir ton visage sans avoir les larmes aux yeux et la haine qui monte. Je ne t’oublierai jamais.

Cher Skyrock

Cher Skyrock,

Je me perds dans ma nostalgie aujourd’hui, et je pense à toi. Je pense à ces merveilleuses années qu’on a passé ensemble. Je pense aux belles rencontres que j’ai faites grâce à toi. Je pense à toutes ces heures que j’ai passé à exprimer ma créativité. J’ai écrit, fait des dessins, des montages, j’ai passé des heures, des jours, des mois qui se sont transformés en années avec toi, à réfléchir à ce que j’allais poster. Quand, comment, « mais comment vont réagir les gens ? Est ce que ça va plaire ? Oh et puis merde je le poste ! Oh un commentaire ! Cool, un autre ! Putain j’ai eu 20 visites aujourd’hui ! C’est qui lui qui me lâche un +5 ? » C’était le bon temps. Déjà, y a des trucs que je verrai plus jamais, c’est genre ton vocabulaire spécifique. Quand j’y repense, ça me fait chelou. « Lâche des coms, je te rends », « joli profil la miss, +5, passe sur mon profil stp ». Et les gens qui demandaient des échanges de com. C’était le truc le plus stérile du monde, mais genre absolument inutile. C’est genre tu prends ton temps, t’en fais une boule et tu le fous à la poubelle. Le principe c’est que quelqu’un laisse des com de merde genre vraiment n’importe quoi, genre admettons 10 com avec dans chacun une lettre de l’alphabet. Bah ça fait 10 com, et ça fait genre « hype » quoi, en mode y a du passage sur le blog. Et en échange bah faut faire la même chose, aller sur le blog de la personne et lui lâcher des com inutiles pour faire du remplissage. C’est fou quand je me dis tout le temps que j’ai passé avec ces conneries. Mais c’était tellement pas que ça. T’étais mon premier taf en quelque sorte. J’avais des objectifs dès le départ : déjà m’exprimer, parce que j’avais beaucoup de choses à dire. Me faire des potes. Et devenir Blog Star. Ça c’était le truc ultime au collège. C’est simple : Skyrock choisit les meilleurs blogs tous les mois et ils sont Blog Star. Ils les mettent en page d’accueil du site pendant 1 mois, avec du coup une visibilité de ouf forcément.  Avant même que je fasse mes blogs, ça parlait que de toi au collège. « Tu me files ton skyblog ? C’est quoi ton skyblog ? Vas-y lâche moi des com et je like ton profil ! » T’étais au même niveau qu’MSN dans la hypitude, et c’est dire si MSN était haut à ce niveau là ! J’me suis lancée qu’au lycée avec toi, tard, je sais pas trop pourquoi. Sans doute par esprit de contradiction de pas vouloir suivre le délire des autres. Mais j’étais détèr. J’ai commencé par mon blog BD, où je galérais à scanner mes BD pour les poster sur mon blog, où je passais des journées entières à dessiner, et qu’après j’étais toute contente de partager ça avec des gens qu’au fond je connaissais même pas, mais dont j’avais hâte de voir les réactions. Puis j’avais des choses plus sérieuses à dire, alors j’ai fait mon blog plus dans un délire psycho-philo. Il me manquait un côté humour/rédaction dans tout ça, un truc plus léger, alors j’ai fait un troisième et dernier blog, avec des textes sur la vie quotidienne, des chroniques. Je sais pas ce que je préférais entre écrire et passer des journées sur Tumblr à chercher les images parfaites pour illustrer mes textes. C’était tellement satisfaisant quand je trouvais LA bonne image, je me souviens. Et puis c’est arrivé, j’ai été blog star. Sur mon blog BD, puis sur mon blog psycho, puis sur mon blog de chroniques. Dans l’ordre de leur création en plus, BG. C’est con hein, et c’est nul au fond, ça vaut rien, mais t’étais ma première fierté, ma première reconnaissance de mon travail (y en a pas eu 150 après ça crois moi). Ma première rencontre avec les haters d’internet aussi. « Ouais mais tu mérites pas, ouais mais moi ça fait 5 ans que j’essaie comment ça se fait que toi en 2 mois t’es élue, c’est pas normal ». C’est la vie, ça éduque ! C’était ouf quand j’y repense. Je pouvais me connecter à n’importe quel moment de la journée, pendant un mois j’avais « 99+ » sur tous les indicateurs. Messages privés, visites, commentaires. Ouf. Sans intérêt au fond, mais ouf. Et puis tu t’es essoufflé, et moi avec je dois dire. C’est triste mais une fois que j’avais atteins tous mes objectifs, j’avais plus rien à te donner, et je pense que toi aussi. J’avais donné tout ce que j’avais sur chaque blog, dis tout ce que j’avais à dire, exprimé tout ce que je voulais exprimer. J’ai fais des tas de belles rencontres, et j’ai été blog star. 2 mois après avoir été blog star sur mon dernier blog, je te quittais. J’ai jamais trouvé le courage ni même eu l’envie de supprimer tous mes blogs, ils existent encore, comme pour me rappeler tous ces bons moments que j’ai passé, tout ce travail, et cette fierté que ressent une meuf de 17 ans qui a jamais rien fait de sa vie face à une réussite, même si c’est une réussite de merde. T’es toujours là, mais t’es mort quasiment au même moment où je suis partie. Toutes mes rencontres t’avaient déserté, de moins en moins de gens allaient te voir, t’entretenaient, se connectaient à toi. C’était la fin. Je l’ai senti, et avant de vraiment m’ennuyer avec toi et de gâcher tout ce qu’on a vécu, j’ai préféré m’en aller. J’écris sur toi parce que t’as été très important pour moi tu sais, t’es une grande étape de ma vie qui m’a beaucoup apporté. Tu m’as montré que j’étais capable de produire des trucs pas trop dégueu, que ça trouvait un public, que les gens pouvaient se reconnaître dans ce que je faisais, que je pouvais même leur faire du bien. Tu m’as apporté de la chaleur humaine à un moment de ma vie où je n’en avais pas du tout. Je pense que ma vie aurait dégénéré bien plus que ça sans toi. J’avais besoin de toi pour dire ce que je pense, sous toutes les formes où je l’ai fait, parce que je n’avais personne pour le faire, mais je t’avais toi, et tous ces avatars qui me laissaient des commentaires, me visitaient, me demandaient en ami, avec qui on est devenus proches, ou qui sont simplement restés des avatars parmi les avatars. Il y a aussi eu quelques brisures, comme cette fille avec qui j’avais sympathisé, et avec qui on est devenues très proches. Je pense même que j’avais des sentiments pour elle, quand j’y pense. On s’est parlées tous les jours pendant 1 an, puis elle a disparu. J’ai essayé de lui écrire, plusieurs fois. Mais elle a laissé son blog à l’abandon, et elle n’a jamais répondu à mes mails. C’est les déceptions d’internet : les gens vont et viennent encore plus vite que dans la vie normale, parce que c’est 10 fois plus facile. On se voit pas, donc ça existe pas vraiment ce qu’on vit. Bah pourtant si. Il y a des sentiments derrière un écran. Je ne sais pas ce qu’elle devient. Des fois j’y pense, je me dis que peut-être un jour j’aurais des nouvelles. Peut-être pas. En attendant, on aura vécu, tous, quelque chose de fort et d’unique. J’ai apprit à m’intéresser aux gens, en visitant leurs blogs, en commentant des articles sur plein de sujets différents. C’était passionnant, vraiment. T’étais passionnant. Des fois moins, quand je tombais sur les articles style « Dylan, 13 ans, Sarcelles, lâche des com je rends tout », avec une photo du mec avec des Ray-Ban et un duckface. C’était très toi ça, le duckface. Y avait aussi ton tchat, avec les gros porcs dégueulasses qui envoyaient leur bite et des « cc on baise ». Qu’est ce qu’on a rigolé. A la FAC, quand on avait pas envie de suivre, on se foutait sur ton tchat, avec les potes, et on attendait. On attendait que des vieux mecs viennent nous parler, et on leur disait de la merde. Genre si il disait « t’es d’où ? », je répondais « Poudlard et toi ? », et ça pouvait durer longtemps comme ça. Tu sais, tu me manques. Je pense souvent à toi, parce que j’ai jamais réussi à retrouver ce que j’ai vécu avec toi. T’es comme une relation de couple où tout était parfait, on se sépare, on se remet en couple, et la nouvelle personne est pas au niveau. Il manque un truc, il y a un vide. C’est pas pareil sans toi. J’ai beau avoir refait des blogs ailleurs, j’ai jamais retrouvé cette interaction géniale entre les gens qui a fait ton succès. Tu étais unique, tu le resteras toujours, et je suis heureuse de t’avoir connu au bon moment, pour toi comme pour moi. Quand je pense à toi, c’est avec bonne nostalgie, et beaucoup de reconnaissance. Merci d’avoir été là quand j’en avais besoin, merci de m’avoir permise de me découvrir moi même et de découvrir des gens géniaux, merci pour ces fous rires, ces joies, ces satisfactions. Je te lâche un gros +5 et je te souhaite une bonne retraite, tu l’as bien mérité !

 

Si vous êtes curieux :

Dans l’ordre :

Mon blog BD

Mon blog psycho

Mon blog chroniques

Chère Notre Dame

Chère Notre Dame,

On te voit beaucoup en ce moment. On entend parler de toi plus que jamais. Faut dire que ce qu’il t’arrive est dramatique. Pour tellement de raisons. C’est l’histoire de France qui se prend un gros coup dans la gueule. Je dois avouer que je suis choquée de voir à quel point tout le monde se sent concerné par ce qu’il t’es arrivé. Je pensais pas. C’est un pays entier qui s’est mobilisé en un temps record. Même au delà du pays. T’es 850 ans d’histoire de France. T’es un Disney, et du coup notre enfance. Forcément, ça touche. T’es Paris. T’es l’identité du pays quelque part, limite au même niveau que la Tour Eiffel. T’es un monument religieux. Ouais, t’es beaucoup, et je comprends que ça puisse choquer les foules que tu sois presque plus rien, ou ne serait ce que cette idée là. Mais putain, tu te rends comptes des proportions que ça prend tout ça ? T’es quoi finalement ? T’es de la pierre. T’es un monument, un symbole, la force et l’image d’un pays, sa fierté même, je veux bien, mais t’es que de la putain de pierre. Te restaurer, te redonner vie, ne pas te laisser dépérir, penser à toi, te rendre hommage, je veux bien, mais l’ampleur que tout ça prend est carrément démesuré. T’es devenu ce que Charlie était devenu, un phénomène médiatique. Un #jesuisnotredame. Une explosion des ventes de « Notre Dame de Paris » de Victor Hugo. Et d’un coup, tout le monde parle de toi. Les médias surfent sur toi. Ils ne parlent que de toi. Dans des émissions spéciales, dans les infos, dans des magazines, sur les réseaux sociaux, dans des reportages, sur Youtube. Partout. C’est normal, c’est toujours comme ça quand quelque chose de grave se produit. D’un coup, tout le monde s’intéresse à un phénomène oublié. Et on se rappelle pourquoi on l’aime, ce qu’il représente pour nous, à quel point il est précieux. Et d’un coup, tout le monde s’y intéresse. C’est comme quand un couple se sépare et que l’un des deux se remet en couple. C’est à ce moment que l’ex revient et réalise ce qu’il a perdu. Tu sais ce qu’on dit, on ne réalise à quel point on aime les gens que lorsqu’on les perd. Bah j’ai l’impression que t’es devenu une personne depuis quelques jours, que t’es devenue cette personne. La personne qu’on a aimé, qu’on a oublié qu’on aimait, dont on se souvient pourquoi on l’aimait, qu’on continue à aimer, et qu’on veut récupérer à tous prix. Tu avoueras qu’il y a énormément de manipulation médiatique derrière tout ça. Combien de gens auraient acheté ton livre, le classique de Victor Hugo, sans ce qu’il t’es arrivé ? Les rayons de la FNAC auraient continué à être gentiment remplis pendant que la foule passerait à côté dans la plus grande indifférence. Mais non, tu as souffert, tu es partout, on te voit, on t’entend, les stars se mobilisent pour toi. On se sent concerné, alors on s’intéresse à toi. Je trouve ça tellement triste que les gens soient influencés tellement facilement dans leurs actes. C’est pas contre toi, hein, je parle en général. Il y a un petit côté hypocrite dans tout ça. Et ça me gêne. Mais la cause et la démarche reste noble, alors au fond, pourquoi pas. Mais tu vois, là où ça me dérange vraiment, c’est les proportions que tout ça prend. Ça donne le vertige. Un milliard d’euros de dons en 24 H. Je suis contente pour toi, je suis fière de voir que la générosité est encore présente dans ce pays et dans ce monde, mais en même temps, je suis dégoûtée. Je suis dégoûtée parce que cette richesse est distribuée au bon vouloir de ceux qui la détiennent, selon les causes qui leur tiennent à coeur. Je dis pas que t’es pas une cause qui le mérite hein, loin de là, mais un milliard en 24 H, c’est limite indécent. C’est du jamais vu ce qu’il s’est passé pour toi. C’est du jamais vu, et pourtant tu n’es pas la seule cause alarmante et urgente qui mérite d’attirer notre attention. Et pourtant, tu as su toucher les donateurs et leur inspirer de lâcher un milliard en 24 H. A côté de ça, depuis des années, l’écologie et la misère humaine est pointée du doigt, et n’a jamais atteint des sommes aussi folles en terme de dons. Il y a une vraie question qui se pose. On ne peut pas forcer les foules à donner, on ne peut pas forcer les riches à donner. Chacun dispose de son argent comme il l’entend. On ne peut que constater que chacun donne quand il est touché, quand il est sensible à une cause, quand ça touche à l’affect, au sentimental. Et y a pas à dire, les Français ont un affect énorme pour toi, parce que tu es la France. Mais putain, est ce que la famine, la recherche pour les maladies, l’écologie qui part en couille, les camps de concentration pour gay, les femmes battues, les enfants malades, les pays en sous développement, et j’en oublie, est ce que toutes ces causes là ne doivent pas aussi attirer l’attention, nous toucher, nous rendre sensibles ? Alors oui, la question se pose, et je suis perdue dans tout ça. La question se pose de savoir comment on peut être en folie autour de toi et donner sans compter pour toi en 24 H alors que l’humanité pleure aux 4 coins du monde depuis des dizaines d’années, qu’ils n’ont pas assez de dons, pas assez d’argent, qu’ils manquent de tout, et que la foule, les riches, ne prend pas autant les choses à coeur. Alors que oui, tu es peut-être Victor Hugo, tu es peut être la France, tu es peut être Disney, mais tu restes de la pierre. J’ai l’impression que pour toucher les gens et leur donner envie d’agir, de donner de la thune, il faut juste arriver à toucher leur nostalgie, leur affect, et c’est bon. C’est tout ce que tu représentes pour les gens, donc c’était prévisible que ça se passe comme ça. On a touché à l’intouchable, à quelque chose qui fait parti de la France, et sans qui la France n’est plus la France. Alors c’est sans réfléchir que les gens ont donné, que les riches ont donné, que tout le monde a donné, a parlé, a pleuré, a écrit, a combattu pour toi. Et je le comprends. Mais il faut aussi comprendre que tu n’es pas seule au royaume de la misère, et qu’aujourd’hui je suis triste. Je suis triste de voir que l’exclusion ne trouve pas d’argent, mais de l’indifférence, que la planète ne trouve pas d’argent, mais de l’indifférence, mais que toi, tu es la priorité. Avec tout le respect que je te dois, tout le respect que j’ai pour ce que tu représentes pour le pays, tu ne l’es pas. Les vraies priorités sont oubliées et laissées pour compte. C’est ça qui me rend triste. Et c’est ça qui fait que cette indécence autour du milliard que tu as récolté me dégoûte. Alors tant mieux pour toi. Rétablis toi bien, je te souhaite une bonne convalescence et de belles retrouvailles avec ce peuple qui t’aime. J’espère juste que la magie, presque le miracle que tu as déclenché en touchant le coeur des gens et en tirant le meilleur d’eux-même va les inspirer pour élargir leur champs de vision. Je n’ai pas beaucoup d’espoir, je t’avouerai. Mais après tout, tu as prouvé que l’improbable était possible, en récoltant cette somme que personne n’attendait en si peu de temps. Alors, je me dis que tout doit être possible, et j’ai envie de garder espoir sur l’humanité. L’espoir, c’est tout ce qu’il nous reste.

 

Je vous invite à lire l’interview (courte) d’un dirigeant d’Emmaus, qui synthétise un peu tout ce que je pense, et tout ce que j’écris. À lire ici.

Chère Côte d’Azur,

Chère Côte d’Azur,

Y a un gros problème avec toi. Plusieurs, même. T’es comme les méchants qui sont attachants dans les films, je t’adore autant que je te déteste. En fait, t’as grave de points positifs autant que de négatifs. Quand je suis arrivée chez toi, j’étais refaite. Y a la mer, j’me suis dis que c’était classe, que c’était beau, que c’est un peu comme les US mais à la Française quoi, que tout était possible. Bah j’me suis bien trompée. Le délire c’est que t’es magnifique hein, vraiment, et c’est ce qui fait que c’est si dur de penser à te quitter. La promenade des anglais à Nice, le vieux Nice, la place Masséna, la place Garibaldi… Y a trop d’endroits plein de charmes ici qui font que je me sens bien avec toi. J’ai le feeling avec toi, ça c’est sur. Mais ouais, t’as trop de problèmes à côté de ça. Les gens chez toi sont hautains, et complètement fake. Ils ont peur les uns des autres, y a très peu d’ouverture d’esprit. Déjà, la région vote FN, donc c’est sur qu’on a une idée du tableau. Mais genre c’est un truc de fou. C’est genre LA région des apparences, où t’as l’impression qu’il y a, mais il y a pas, où t’as l’impression que y a pas, mais il y a. Enfin, t’as compris : t’es fake. En fait c’est un peu des épreuves du combattants pour s’en sortir ici. J’ai l’impression que tout est plus dur qu’ailleurs quand on est chez toi, et quand je parle avec des gens d’ailleurs, c’est plus une impression justement, ça devient la réalité. C’est genre le parcours du combattant pour arriver à obtenir un truc hyper facile ailleurs quand on est chez toi. C’est un truc de ouf, à ce point là je pensais pas. En fait t’es la région de l’exigence, mais genre à l’extrême. T’es la région de la galère, où limite on doit se prosterner devant les gens pour avoir quelque chose. Un pote me disait « bientôt pour pouvoir acheter une baguette faudra montrer son compte en banque pour prouver qu’on a de la thune ». On en est pas loin. Trouver un appart déjà c’est la galère. J’crois qu’avec Paris t’es vraiment le seul endroit où c’est autant casse couille de s’en sortir, parce que les gens sont casses couilles justement. Pour un appart, faut 3x le montant du loyer, maintenant ils prennent plus les garants très souvent, il faut pas être en période d’essai, blablabla… Déjà rien que le délire des 3x le montant du loyer c’est n’importe quoi. J’ai discuté y a quelques années avec une meuf d’une agence immobilière qui m’a dit qu’il y avait un commissaire de police qui louait un appart avec son agence, le mec gagnait 6000 balles par mois et il avait 6 mois de loyers en retard… Comme quoi ça veut putain de rien dire. Autant on peut être au chômage et gérer son loyer, autant on peut gagner un paquet de fric et le claquer ailleurs ou je sais pas quoi. Mais non, ici, y a pas de relation humaine, pas de feeling qui tienne. Les gens (suuuurtout les vieux) sont tellement psychorigides, arrêtés sur leur idée que « quelqu’un de bien gagne 3x le montant du loyer sinon c’est quelqu’un de pas bien », que si on les a pas les 3x le montant du loyer, ça raccroche au nez. Ça a le sens de l’hospitalité dans le sud, ça c’est clair. Il manque ça chez toi en fait, la chaleur humaine. C’est paradoxal parce qu’on est la région de France où on a le plus de soleil, mais les gens l’ont ni dans leur coeur ni dans leur tête le soleil, ça c’est sur. Tu vois, le délire de faire confiance à quelqu’un pour lui louer sans 1 million de garanties, ça existe presque pas ici. Et le taf, on en parle du taf ? Oui on va en parler. C’est genre hyper dur. D’une part parce que y en a presque pas, en dehors des trucs propres à ta région, des trucs style serveurs et torcher des vieux. Mais sinon, c’est vraiment la merde sans mauvais jeux de mots. On a des diplômes, des putains d’expériences, mais ça rappelle pas, et y a très, très peu d’annonces. Ça marche beaucoup au piston dans la région. Faut connaître les bonnes personnes. Mais le taf clairement c’est désespérant. Surtout quand on est amené à travailler en équipe, avec des gens qui ont la mentalité d’ici. Hautains, suffisants, hypocrites. C’est la mort, clairement. En fait, les loyers sont chers chez toi comparé à la plupart des endroits en France, le taf c’est une épreuve de malade, les gens sont cons… Alors qu’est ce qui reste ? Le fait de se dire que ouais, t’es magnifique. Mais t’es comme une belle meuf en couple, t’es inaccessible. T’es là, t’es à côté de nous, on te voit, on se dit qu’on serait bien avec toi, mais on peut pas te toucher, et on sent que y a pas moyen de ton côté non plus. Bah là c’est ça le délire. On est beaucoup à sentir que t’as rien à nous proposer, que t’es verrouillée de chez verrouillée, que y a 0 opportunités avec toi, et que personne nous aidera à en avoir ou à rendre les choses plus faciles. Ici, c’est tous pour un et Dieu pour tous. J’ai plein de potes qui t’abandonnent à cause de ça, parce qu’ils en ont marre de pas trouver de taf malgré leurs diplômes, de la mentalité de merde, des loyers trop chers… Moi je suis encore là dans tout ça et je tiens, parce que malgré tout je t’aime bien, mais je suis vraiment comme beaucoup de mes potes en ce moment. Je me dis « mais qu’est ce que je fous ici ». Dans la région de la galère, alors qu’ailleurs pour 300 euros de loyer en moins et les mêmes salaires qu’ici, on pourrait trouver un taf 10 fois plus facilement, parce qu’ici c’est la hauuute exigence tu comprends, c’est hyper sélectif (sur quels critères, on sait pas). Ici c’est infranchissable. Bah j’me dis qu’ailleurs c’est tellement plus accessible, parce que les gens déjà ouvrent les portes là où ici ils les ferment. Ils sont plus réceptifs ailleurs, dans le nord, ou même en dehors de la France dans beaucoup d’endroits. Limite les gens qui veulent travailler sont accueillis les bras ouverts. Ici si on a de la chance, on aura un smic à l’autre bout de la ville, dans une ambiance pétée (mentalité de la région). Alors ouais, je me dis que ça serait pas plus mal de t’abandonner, mais je vais m’accrocher encore un peu. Pour ta beauté, pour ton soleil qui me fait tellement de bien, pour notre appart que j’aime et qu’on aurait jamais, jamais eu si on gagnait pas 3x le montant du loyer et que même en gagnant 3x le montant du loyer on a failli pas l’avoir parce que oui, dans ta région, tout est tellement dur, et que même quand tu crois remplir les conditions bah ça reste quand même dur. J’aimerais juste sentir que pour une fois, t’enlèves les barrières, t’enlèves ce côté « tout est toujours compliqué ici » et que tu nous permettes à tous d’avoir accès à des trucs simples, des trucs normaux, avec une facilité normale, et pas qu’on se sente prit au piège avec toi. J’ai le droit de rêver, j’écris pour espérer que ça soit possible. Parce que tu sais, pour beaucoup, on t’aime, ça nous fait pas plaisir de te lâcher hein. Je pense pas avoir rencontré une personne qui se soit barrée de toi sans m’avoir dit « Nice c’est magnifique, mais ici je m’en sors pas, et les gens sont cons ». Alors oui, tu peux pas filtrer les cons (hélas), oui, des cons y en a partout, mais si tu savais comme c’est frustrant de se dire qu’on part d’un endroit parce qu’on sent qu’il veut pas de nous. On demande pas des trucs ouf : juste des trucs simples. Avoir des relations ici, c’est super dur, que ça soit amis ou amour. Sincère, hein, je parle. La sincérité est devenue inexistante ici. C’est la région des apparences après tout. Apporte nous plus de vrai, plus de sincérité, plus de simplicité. On a un besoin urgent de simplicité, de se sentir acceptés et de pouvoir se dire que t’es aussi belle que bien.

Cher Netflix,

Cher Netflix,

 

C’est con mais je voyage un truc de ouf avec toi. Dès que j’ai envie de déconnecter, je te mets et je sais que je trouverai quelque chose qui va correspondre à mon humeur. Il y a vraiment de tout avec toi. Parfois t’es chiant parce que tu mets une plombe à mettre les nouvelles saisons des séries que je kiffe. T’as des défauts, genre il y a plein de séries, de films et d’animés cool que t’as pas. Mais bon, t’es tellement cool que c’est pas grave, je peux pas trop te le reprocher finalement. J’ai découvert tellement de trucs au top avec toi. En fait le truc c’est que y a grave de séries que je connaissais de nom, mais que j’avais jamais regardé. Mais quand je t’ai eu, j’ai commencer à explorer toutes les catégories, à lire les résumés de plein de trucs. Et ça donne grave envie de s’y mettre du coup. C’est comme ça que j’ai découvert ma série préférée par exemple, c’est grâce à toi ! Quand j’y pense, sans toi, je ne l’aurais peut être (sans doute) jamais regardé. The 100, quelle putain de découverte. J’aurais raté un putain de truc. Combien de gens ont découvert des bêtes de séries par hasard, parce qu’ils se faisaient chier et qu’ils se disaient « ouais ça a l’air pas ouf mais pourquoi pas » ? Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Bah je faisais partie de ces gens là pour plein, plein, plein de séries. J’ai eu des super bonnes surprises avec toi, genre des surprises où je me suis pris des claques en mode « ça avait l’air pourri mais en fait c’est trop bien ! ». Y a aussi le contraire, des trucs qui avaient l’air cool mais qui au final étaient pourris. Ou alors, des séries que tout le monde regarde, et tout le monde lâche des « faut que tu regardes c’est trop génial », et en fait en regardant on aime pas du tout. Comme quoi, y a pas une série avec toi qui met tout le monde d’accord. C’est comme la musique ou les gens, chacun ses goûts après tout. J’dois avouer que t’es vachement créatif et productif c’est un truc de ouf. T’as sorti tellement de créations « originales Netflix » trop cool ! Rien que le nom déjà est trop cool. « Série originale Netflix ». Ça pète. Du coup t’as lancé des carrières, y a des acteurs qui explosent aujourd’hui grâce à toi. T’as créé des phénomènes dans le monde entier, genre Stranger Things. C’est juste ouf l’ampleur qu’a prit cette série, et c’est toi qui l’a créé. Bravo. T’es un peu le concentré de ce qui se fait le mieux en matière de séries et de films, et tu progresses de plus en plus dans ce sens même si je dois avouer qu’il y a encore quelques abonnés absents. Tu te diversifies de plus en plus aussi. Y a de plus en plus de documentaires ou d’émissions de vie pratique, genre Marie Kondo, celle qui explique comment être heureux en faisant le ménage. Qui aurait parié que ça intéresserait quelqu’un ? Et pourtant, ça a un succès fou. T’es surprenant, réconfortant, et tellement rassurant. La base en hiver c’est un petit plaid, un petit chocolat chaud, et se caler avec toi devant une petite série. Là on peut dire qu’on est bien. Déjà psychologiquement juste quand on entend le petit bruit quand tu te lances, c’est satisfaisant. Et puis y a ton graaaand logo rouge qui apparaît sur tout l’écran et on commence à sourire sans même s’en apercevoir. On se dit qu’on est en mode relax, tranquilles, et c’est tellement bon. Et puis juste socialement t’es un putain moyen de créer ou d’entretenir des liens. Genre t’es un peu le truc trop « IN » qu’il faut connaître pour s’intégrer. On a tous déjà lâché quand on sait plus trop quoi sortir à quelqu’un « tu regardes quoi en ce moment sur Netflix ? ». Déjà on part du principe que la personne te possède. Genre t’es incontournable. Et si elle répond qu’elle t’as pas, c’est le drame. OVNI, extraterrestre, mutant, trop de qualificatifs se bousculent dans nos têtes. Ouais, t’es un moyen de créer une connexion fluide avec les gens, genre ça fait déjà un point commun de t’avoir, de comparer ce qu’on regarde, ce qu’on aime, où on en est dans telle ou telle série. « Ah toi t’en est à la saison 7, putain j’en suis qu’à la 3, spoile pas », tout ça c’est la base. Déjà y a plusieurs teams, ceux qui écoutent les génériques jusqu’au bout et ceux qui sautent les intros. Y a deux qui regardent en VO et ceux qui regardent en VF. Et puis y a ceux qui ont un abonnement solo et ceux qui se font toujours sucer leur abonnement parce que y a 80 personnes qui essaient de se connecter sur un abo de 4 écrans. Ouais, tu divises mais tu réunis. Tu fais polémique mais tu fais débattre. Tout le monde a une façon différente de t’utiliser mais tu rends heureux. T’es genre une grande aventure, on sait que tu nous réserves toujours des surprises, on sait pas trop si elles sont bonnes ou mauvaises, on espère qu’elles seront bonnes ! On sait jamais ce qu’on va découvrir avec toi ! En fait on sait même pas ce qu’on attend de toi souvent. On sait même pas ce qu’on aimerait vraiment que tu nous apportes. Mais des fois t’arrives quand même à nous l’apporter, genre le truc qui colle 100 % avec nos goûts. Rien que pour ça je dis bravo. Y a aussi la déception de ouf, la tristesse de malade de se dire que ça sera la dernière saison, le dernier épisode. Et puis on attend quelques mois/années d’avoir un peu oublié la série pour se la retaper. On est tous pareils. Je dois dire que t’es riche en émotion, et heureusement que t’es là pour nous faire évader dans plein de mondes différents avec autant de facilité. C’est aussi ça qui est kiffant avec toi, t’es simple. Y a pas à télécharger, à se bouger le cul à mettre des DVD (ouais, on est tous des feignants). Le top c’est d’avoir le bouton Netflix direct sur la télécommande. Là, c’est lifegoal. Et à cette époque où tout est grave compliqué, long, stressant, je peux te dire qu’un truc simple, c’est nécessaire. C’est un peu une thérapie quoi. Et ça marche, ça soulage d’une journée de merde, ça détend, ça fait rêver, réfléchir, pleurer, rire. Et ça fait du bien.

 

Cher temps,

Cher temps,

On court après toi, toujours, tout le temps; on se demande si on arrivera à te rattraper, si tu vas pas nous bouffer, si tu seras pas trop court, trop long, si tu seras suffisant. Mais est ce qu’on pense simplement à juste profiter de toi, à réaliser que t’es là maintenant, tout de suite, qu’il y a une espèce d’urgence dans cette époque de merde où tout va trop vite et tout est trop dur de juste se dire « je profite ». Non, on est toujours pressés, on a toujours envie de te collectionner, de te gagner, on fait des stratégies de ouf pour ça. T’es une putain d’obsession ! Y a des gens qui avancent jamais à cause de toi, tu le sais ça ? Ils font des putains de blocages, ils se repassent en boucle le film de leur vie, avec 50 scénarios possibles. « Et si j’avais fait comme ça ? ». « Et si j’avais pas dis ça ? ». « Et si ça c’était passé autrement ? ». « Si seulement je pouvais remonter le temps. » « Si je pouvais tout recommencer, j’aurais jamais fait pareil ». Ouais, t’es un fantasme. On se dit qu’avec toi, y a un truc qui est fixé dans le présent, mais t’aurais pu t’écouler de 1000 façons différentes. Alors on imagine, et on se plait à rêver de « si on pouvait te maîtriser ». Mais c’est impossible. Donc ouais, t’es un fantasme, un peu comme un régime tu vois, le genre de truc qui obsède tellement les gens que ça leur bouffe la vie et qu’ils sont plus capable de penser à quoi que ce soit d’autre. Les gens au régime se disent que si ils avaient pas bouffé tel ou tel truc, ils auraient pas prit du poids. Ils font des projets de ouf, se disent que dans 6 mois, selon leurs prévisions, ça sera fini, qu’ils auront perdu leur poids en plus. Pendant tout ce temps là, ils ne penseront qu’à ça, à arriver à leur objectif au point que parfois ça leur bouffe la vie. Bah toi t’es ça, t’es un régime obsessionnel. On est toujours là à se demander si on a bien fait de t’utiliser pour tel ou tel truc, qu’on aurait peut être mieux fait de te consommer d’une façon différente. On a des regrets, et on se dit que plus tard, on va stabiliser le poids de notre vie avec toi. Un régime, un putain de régime. Et puis il y a ces croyances selon lesquelles tu serais un médicament, un espèce de remède contre tout. C’est assez incroyable je dois dire. On entend des trucs comme « tout passe avec le temps », « demain ça ira mieux », « laisse passer du temps ». On dit tellement de choses de toi, t’es un peu comme une légende, quelque chose qu’on imagine comme un « super truc ». C’est con mais tu me fais grave penser à la spiruline, genre « un super aliment », quelque chose de limite miraculeux. Quelque chose qui a le pouvoir de tout réparer. Je pense surtout qu’on se repose sur toi quand on est totalement désespéré et qu’on voit pas d’autres solutions. C’est vrai, c’est quand on sait plus quoi faire d’autres, qu’on a l’impression d’avoir tout fait, qu’on se réfugie dans le fameux « on verra avec le temps ». J’ai l’impression que c’est une espèce de fourre tout, genre le tiroir en bordel dans la commode de son salon que tout le monde a où y a tout et n’importe quoi dedans. On pourrait la ranger, on pourrait faire en sorte que ça soit plus clean et qu’on s’y retrouve, mais on a la flemme, et quelque part c’est réconfortant le bordel. On t’utilise par confort, par réconfort aussi, parce que c’est tellement plus facile moralement de garder espoir en se disant que tout n’est pas perdu plutôt que d’abandonner. Alors y a le fameux « on verra avec le temps » qui débarque, et on se dit que tout est encore possible, que c’est pas fini, qu’on a encore une chance, un jour, d’avoir ce qu’on veut. T’imagines moralement l’effet que ça aurait si t’étais pas là ? On serait détruit. Juste des trucs vides sans âme, résignés et abattus. Nan, heureusement que t’existes. C’est peut être vachement illusoire mais au moins tu nous donnes de l’espoir, et putain qu’on en a besoin. On a besoin de croire en quelque chose, et ce quelque chose c’est souvent toi. En soit t’es rien hein, mais justement, tu peux donner n’importe quoi, alors on imagine. Et c’est ça qui nous fait du bien, imaginer ce que tu peux nous apporter. Quand c’est la merde, quand on se dit qu’on va jamais s’en sortir, on se dit que t’es là, que tu peux tout faire changer du jour au lendemain, qu’il faut être patient. Y a les émotions aussi. Y a des fois où on a tellement mal qu’on croit qu’on va mourir, je parle des douleurs morales, de la peine, de quand on se fait plaquer, de la mort de quelqu’un, de choses qui nous brisent. Et on se dit que c’est la fin. Et toi t’es là et plus tu passes, plus tu apaises nos âmes. Ça marche pas pour tout le monde hein, et ça dépend des situations. Tout le monde réagit différemment à toi, c’est un peu comme un médicament encore une fois. Y en a qui vont sentir ton effet dans leur corps plus vite que d’autres. Y en a à qui tu vas pas faire d’effet. En tous cas t’es là, t’existes, et t’es une chance. Donc faut profiter de toi, ouais, se dire ici et maintenant que tu passes, que tu files même, c’est un truc de ouf. Hier j’étais en 4 ème, aujourd’hui j’ai 2 fois l’âge des 4 ème, c’est un truc de ouf. On aimerait tellement faire ce qui nous plaît tout le temps pendant que t’es là, que tu cours à toute allure, je te jure, mais c’est pas aussi facile. Alors on fait avec, on attend, on te voit passer pendant qu’on fait des trucs qu’on a pas forcément envie de faire, qu’on est dans des endroits où on a pas forcément envie d’être, qu’on est avec des gens qu’on a pas forcément envie de voir toute la journée, et on attend. On attend que tu sois là vraiment, pas juste que tu passes tu vois, que tu sois là. Et qu’on puisse vraiment profiter de toi, gratter chaque seconde de ces vrais moment que tu nous offre, ceux qu’on a vraiment envie de vivre tu vois, pas ceux qu’on est obligés de vivre pour gagner de la thune, ceux qu’on choisi vraiment. Etre avec les gens qu’on kiffe, sortir, s’éclater. C’est ça le vrai toi. Le reste c’est du temps perdu comme on dit. C’est tellement dur de choisir ce qu’on fait avec toi. On dit souvent « j’ai pas eu le temps ». La vérité c’est que souvent c’est plutôt « j’ai pas prit le temps ». Parce qu’on choisit comment on t’utilise, et on est obligé de prioriser, de faire des trucs qui nous plaisent moins, d’en reporter d’autres. Parfois y a trop de toi, parfois y en a pas assez. Parfois on se dit que c’est abusé, que y a des fois où on sait pas quoi faire pour te passer, et puis y en a d’autres où au contraire, on sait plus comment faire pour tout caser en tes petites 24 H par jour. C’est tellement ironique. Au fond, tu nous limite grave. T’es une putain d’entrave à notre liberté d’exister quand on y pense. On est dans une société que tu diriges. On est obligé de te tchéker tout le temps, de faire notre vie par rapport à toi, et ce H24. Parce qu’on doit aller au travail à telle heure, aller faire les courses avant telle heure parce que ça ferme, aller faire des papiers avant telle heure parce que ça ferme, se pointer chez les impots à l’ouverture parce qu’il y a moins de monde. Il faut te tcheker partout, tout le temps. En fait le roi du monde, c’est toi. Je dois avouer que je trouve cette idée un peu chiante, d’être obligée d’être totalement dépendant de quelque chose, mais bon, on a clairement pas le choix, parce que sans toi, on est perdus, on a plus de repère, carrément. Y a des gens qui vivent comme ça, sans toi, sans te tchéker un seul instant. Des marginaux, des civilisations, des peuples, des tribus. Au fond, je me dis que c’est peut être ça, la vraie liberté. Etre libre de toi. Le plus fou c’est de se dire qu’en fait, tu divises les gens partout dans le monde. Bah ouais, tu passes pareil, à 60 secondes par minute partout, mais il y a cette histoire de décalage horaire entre presque tous les pays. Ca peut être une heure, 5 H, 11 H… Ainsi, là où il fera jour, le soleil sera en train de se coucher dans un autre pays. A l’instant où on fête le nouvel an, qu’on est le 31/12 et qu’il est minuit, que tout le monde se souhaite la bonne année, il y a des pays qui sont en plein après midi. Qui sont dans le passé, quelque part. Selon comment on te programme, on est tous décalés. C’est fou quand on y pense. Tout ce que je sais c’est que tu passes vite, que faut profiter des gens qu’on aime, qu’on aimerait tous pouvoir t’utiliser H24 pour faire ce qu’on aime mais malheureusement c’est rarement le cas. Je peux te dire que si j’ai comprit une chose avec les années c’est que pour être heureux, il faut toujours se démerder pour te prendre et faire des trucs qu’on aime. Une vie passée à te laisser défiler dans du vent, à vivre par obligation, par devoir, sans jamais profiter de toi pour soi, c’est pas une vie. La vraie vie elle se prend, avec toi. C’est nécessaire, c’est même obligatoire. On est des humains, on est pas des machines juste faites pour travailler et dormir. Alors même si on a pas tous les mêmes chances, la même thune à la fin du mois etc, on existe, et c’est grâce à toi, à ce qu’on fait de toi qu’on peut dire « j’existe et je vis », pas « je survis ». En ce moment même, pendant que certains se demandent si ils te reverront demain, d’autres te trouvent trop long, d’autres se disent qu’ils aimeraient te remonter, d’autres sont en retard parce qu’ils te gèrent mal, d’autres se sont fait renversés par une voiture parce qu’ils étaient en retard et qu’ils courraient aveuglément pour te rattraper sans même penser une seule seconde qu’ils allaient te perdre à tout jamais, d’autres sont très en avance parce que tu leur fait peur, d’autres encore viennent à peine de te découvrir et de retourner leur sablier dans ce monde, d’autres viennent d’arriver au bout de leur sablier et ne te connaîtront plus jamais. Il faut profiter, tant que tu es là, même si on a du mal à te gérer, même si tu passes toujours trop vite quand il faut pas et hyper lentement quand on aurait besoin que tu passes vite. Même si on arrive pas à te comprendre, même si on sait pas ce que tu nous réserves et qu’on rêve tous de te remonter et de changer quelques trucs qu’on a fait dans nos vies, t’es là maintenant, tout de suite, et tu nous appartiens. A nous de faire en sorte que tu nous ressembles un maximum.